Le lotissement de Beauséjour

Le quartier de Beauséjour est situé majoritairement sur la commune de Rosny-sous-bois, mais aussi pour près d’un tiers sur la commune de Villemomble. Il se situe de part et d’autre des rues Danton, des Murs d’Avron, du Bois Châtel et Parmentier. Il est assez excentré du centre de Rosny, qui pour sa part, ne le différencie pas de la partie rosnéenne du Plateau d’Avron.

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Au XVIIème siècle, à son emplacement étaient les parc et jardins situés au nord du château, et le pavillon de Beauregard. Celui-ci avait donné son nom au Parc d’Avron-Beauregard, et est à l’origine du nom de Beauséjour.

On a pu voir précédemment, dans ‘’Les seigneurs et châteaux d’Avron’’, que ce parc avait été mis en vente et bail par adjudication en 1828, et que les bénéficiaires étaient en majorité des cultivateurs de Rosny. Ces terrains étaient alors voués à la culture et à la production de fruits ‘’à la Montreuil’’.

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sur carte d’Intendance de 1782 –                                                            sur carte Benedetti de 1818

En ce tout milieu du XIXème siècle, la presque totalité des terrains de l’ancien Parc de Beauregard appartient à Charles Graindorge et à son épouse Marie-Thérèse Souchet. Il ne reste plus rien du  château d’Avron, qui est maintenant totalement démoli. Charles Graindorge est un notable de Bagnolet, il y a même été maire en 1834. Il décède le 1er janvier 1853.

Le 8 novembre 1860, Louis Victor Soyer, originaire de Romainville et demeurant à Paris, prend bail et signe une promesse de vente auprès de Mme veuve Graindorge, pour une ‘’pièce de terre, dépendant de l’ancien domaine de Beauregard, dite le ‘’Parc ou Clos d’Avron’’, entourée de murs de toutes parts, avec entrée principale qui aboutit à la Grande Rue de Villemomble, près l’Eglise’’, en fait les jardins de l’ancien domaine  du château d’Avron.

 

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«La portion du Parc d’Avron dont il s’agit forme un rectangle clos de murs de trois côtés ; le quatrième côté joint le surplus du parc réservé par M. Harouard, ce côté sera clos par M. Harouard. Dans cette partie du parc, il a été pratiqué deux chemins ayant chacun deux mètres neuf cent vingt-cinq millimètres (ou neuf pieds de largeur). Le premier de ces chemins est au haut des onze premiers lots et va depuis le chemin de Villemomble à Rosny, par Avron, jusqu’au chemin opposé existant de l’autre côté du parc, ce chemin est pratiqué aux dépens des onze premiers lots, sur leur contenance, quoique devant rester à mesurer, à l’exception toutefois de six cent cinquante millimètres (ou deux pieds) de terrain existant le long dudit chemin et faisant partie, quoique non compris, dans la contenance des lots ».

 

Ces chemins sont devenus les actuelles rues Béranger et Louis Soyer.

Le bail et la promesse de vente concernent la quasi-totalité des terrains sus-nommés, à l’exception des anciens lots 1 et 22 qui appartiennent toujours aux descendants Delépine.

Fermage : Le présent bail est consenti et accepté moyennant un fermage annuel de deux mille quatre cents francs que le preneur s’oblige à payer à Mme Graindorge à Noisy-le-Sec, en l’étude du notaire soussigné, en deux termes égaux, les onze mai et onze novembre pour faire le premier paiement le onze mai prochain.

Fermage d’avance : Le présent bail est consenti et accepté moyennant un fermage annuel de deux mille quatre cents francs que le preneur s’oblige à payer à Mme Graindorge à Noisy-le-Sec, en l’étude du notaire soussigné, en deux termes égaux, les onze mai et onze novembre pour faire le premier paiement le onze mai prochain. Cette somme de douze cents francs s’imputera sur les six derniers mois de jouissance et représente ainsi six mois de fermage d’avance.

Conditions : Le présent bail est en outre, fait à la charge du preneur qui s’y oblige :

–          de prendre ledit immeuble dans l’état où les locataires actuels doivent le laisser, mais sans aucun recours à cet égard contre Mme Graindorge, c’est-à-dire que M. Soyer demeure subrogé dans tous les droits et actions de ladite dame contre les locataires pour se faire livrer l’immeuble aux risques et périls du mandant sieur Soyer ; néanmoins, Mme veuve Graindorge se charge de faire donner congé s’il en est besoin aux locataires.

–          de cultiver ou faire cultiver le terrain, la vigne et les arbres qui se trouvent sur ledit immeuble en temps et saison convenables et suivant l’usage du pays et de les rendre à la fin du bail dans l’état actuel.

–          de ne pouvoir sous louer ou céder son bail en totalité ou en partie qu’en restant garant et répondant solidaire des sous locataires ou cessionnaires.

Promesse de vente : Mme veuve Graindorge promet et s’oblige de vendre avec la garantie de tous troubles, hypothèques, évictions et autres empêchements :

–          à Monsieur Soyer susnommé, ce qu’il accepte, mais sans que cette acceptation puisse être considérée comme un engagement par lui d’acquérir, se réservant au contraire de le faire ou non à sa volonté.

Il est également précisé :

–          dans le cas de réalisation de vente, le bail qui précède sera résilié de plein droit et à partir du jour de la réalisation, M. Soyer sera propriétaire de l’immeuble et en aura la jouissance comme propriétaire.

–          il en paiera aussi les impôts comme propriétaire à compter du même jour.

–          le prix de la vente sera en principal de soixante mille francs, décomposé ainsi :

o   15 000 francs le jour de la réalisation de la vente,

o   10 000 francs dix mois après,

o   et les 35 000 francs de surplus dans le délai de cinq ans à dater du jour du paiement des 10 000 francs, à raison d’un cinquième chaque année.

Au travers de ce contrat, Louis Soyer aura contracté un bail et  arrêté un prix de vente, mais  en aucun cas il ne s’est engagé à acquérir.

Le 3 janvier 1861, avant que n’ait eu lieu la vente des terrains à Louis Soyer, Mme Graindorge décède, ne laissant pas d’héritiers directs. S’ensuit donc une succession à ses légataires universels qui s’avèrent être vingt-quatre, dont un mineur. Les parts et portions étant indivises, Louis Soyer acquiert le 31 Aout 1861, pour la somme de soixante mille francs convenue lors de la promesse de vente, les terrains des anciens parc et jardins du Château d’Avron. Rappelons que ces terrains, jusqu’à l’achat, sont toujours à usage agricole.

La Société Immobilière du Village de Beau-Séjour :

Le 23 mai 1862, une société civile est constituée ; elle est composée de 53 adhérents sociétaires, dont Louis Soyer,  et les statuts sont déposés. D’autres viendront adhérer ultérieurement, leur nombre ne pouvant excéder le nombre de lots. Elle a pour but de permettre à chacun de devenir propriétaire d’une maison avec terrain dans le Parc d’Avron, à Villemomble (l’acte ne mentionne pas Rosny-sous-Bois), à l’expiration de la durée de la société. La durée de la société est fixée à 16 ans.

Le principe est hasardeux :

–          chaque sociétaire verse 325 francs d’inscription, puis 5 francs par semaine qui commencera le jour de la signature de l’acte et qui devra se continuer pendant tout le temps que le sociétaire ne possèdera que son terrain, soit une somme de deux cent soixante francs par an.

–          dans la seconde période de la société, qui ne commencera que le jour de l’entrée en jouissance de la maison, chaque sociétaire sera tenu à une cotisation de dix francs par semaine jusqu’au parfait paiement de la propriété.

–          l’accumulation des recettes permettra à la société de faire construire annuellement un certain nombre de maisons ; la voix du sort décidera entre les associés ceux d’entre eux qui pourront avoir la jouissance des maisons bâties.

–          il est bien entendu que la société retiendra la pleine et entière propriété des maisons et terrains dont chaque associé n’aura pas la jouissance jusqu’à l’entier acquittement des dettes de la société et ce ne sera qu’à la liquidation définitive qu’il pourra devenir propriétaire incommutable et qu’il aura le droit de disposer de sa propriété comme il le jugera convenable.

Louis Soyer en est le Directeur-Président, il est assisté par un comité de direction.

Quelques jours plus tard, Louis Soyer vend les terrains qu’il a acquis à La Société Immobilière du Village de Beau-Séjour, la vente est officialisée le 27 juin 1862. Ces terrains qu’il a acquis dix mois plus tôt, il les vend au prix de 147 000 francs, dont 30 000 francs sont payés le jour de la vente. De cette affaire, il fait un bénéfice de 87 000 francs. Il n’a pas non plus respecté l’une des conditions de la promesse de vente de 1860 qui était de répondre solidairement aux sous-locataires, alors tous cultivateurs.

Entre temps, en février 1862, il a acheté les deux lots précédemment acquis par les frères Delépine en 1828. Il ne les vend pas à la société, les conservant pour lui.

Un plan des lots et rues est dressé par l’architecte Blanc, mais nous n’en avons pas retrouvé la trace à ce jour. Sur l’acte, 104 lots sont mentionnés, certains sociétaires pouvant acheter plusieurs lots.

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Sur cette carte de la Seine de 1874, on dénombre 91 terrains, celui situé sur Neuilly-Plaisance n’étant pas comptabilisé.

Le 23 août 1865, les statuts de la Société Immobilière du Village de Beau-Séjour sont modifiés. C’est Eugène Radanne, un pharmacien parisien qui intervient en tant que Président-directeur. Louis Soyer n’est présent qu’en simple sociétaire.

–          Il sera procédé par le Directeur à une liquidation provisoire de la société au 1er juillet 1865, et le prix des terrains est fixé, à cet effet, à 3,50 francs le mètre.

–          La société ne sera plus tenue à faire d’autres travaux que ceux de nivellement, de construction des rues et de les entretenir et elle sera déchargée de tous travaux de construction de maisons, murs de façade et de clôture.

–          …

 Les conditions d’affectation et de constructions étaient-elles trop restrictives … ?

Les propriétaires-sociétaires ont tous ‘’pignon sur rue’’, ils sont bottier, opticien, chocolatier, fabricant d’arçons, apprêteur de châles, marchand de vins, architecte, ….

La guerre de 1870-71 viendra perturber le développement de ce lotissement.

Combien de maisons dans ce lotissement au moment du conflit : vingt, trente ? sur la carte Seine de 1874, on en dénombre une trentaine.

L’armée française décide d’occuper le Plateau d’Avron le 27 novembre 1870, en préalable à la bataille de Champigny. Elle y restera jusqu’au 28 décembre, jusqu’au moment où il n’est plus possible de rester sur le feu de l’ennemi.

Ce sont les trois bataillons de la Seine qui cantonnent à Beauséjour, l’infanterie de Marine étant positionnée sur l’éperon nord-est, les régiments de ligne  tout à l’arrière du Plateau.

Ambroise Rendu en dit quelques mots dans ‘’Ses souvenirs de la Mobile’’ :

« Ces quelques bicoques éparses sur l’emplacement de l’ancien parc, étaient entourées de petits terrains cultivés avec avarice et séparés par des murs. Elles étaient occupées jadis par une colonie de parisiens qui venaient y chercher, m’a t- on dit, du samedi au lundi, les plaisirs de la campagne. L’Hiver, elles étaient abandonnées ; d’ailleurs leur construction légère et économique témoignait assez qu’elles n’avaient pas été destinées à braver les rigueurs de la température. Pendant la belle saison, le voisinage de Rosny et de Villemomble en faisait une retraite confortable pour ceux que les soucis du commerce ou les loisirs du bureau retenaient à Paris pendant toute la semaine. Chaque jardinet était orné d’un puits d’eau blanchâtre et malsaine, en guise d’étang ».

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Maisons et jardins seront méconnaissables après le conflit, mais tout s’est certainement reconstruit très vite.

Au vingtième siècle, les enfants de Beauséjour sont très souvent scolarisés à Avron.

 


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