JP Haigneré

 

Tout le monde à Avron connaît cet enfant du Pays dont les parents et grands-parents sont avronnais de longue date, je veux parler de Jean Pierre Haigneré.

 

1 – Raconté par son père, André HAIGNERE

 

Jean-Pierre est un enfant du Plateau d’Avron. Bien que né à Paris, le 19 mai 1948, il a fréquenté l’école maternelle avec Madame Bein, puis l’école communale avec Monsieur Erre. Il vivait à l’époque chez ses grands-parents, Madame et Monsieur PHILIPPART, rue du Docteur Calmette. Chaque fin de semaine, nous nous retrouvions chez mon père, Chemin des Processions. Papa, quoique artilleur, avait terminé la guerre de 14/18 comme officier de liaison à la Royal Flying Corps. Il volait souvent en compagnie d’un pilote britannique lors d’opérations de reconnaissance ou de liaison avec Londres.

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Jean-Pierre écoutait avec admiration son grand-père racontant ses vols, ses émotions, ses peurs aussi. Une fois, en hiver, le moteur de l’avion a gelé et ils ont été obligés de se poser en vol plané, sur le sommet des arbres de la forêt d’Hesdin et d’en descendre comme des chimpanzés ! Une autre fois, l’avion de fabrication anglaise, a pris feu en vol d’où un atterrissage catastrophique dans un champ labouré. Ils ont eu juste le temps de sauter à terre et de courir pour échapper à l’explosion de l’angin, etc…

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Il racontait aussi qu’il avait eu rendez-vous avec Guynemer à Poeilkapelle le jour où ce dernier a été descendu, pour un constat d’attribution de victoire entre lui et un aviateur anglais. Quelqu’un est venu voir mon père : « Mon Lieutenant, inutile de l’attendre. Nous venons d’avoir une liaison, il ne reviendra jamais ». Tout cela a dû se déposer dans la petite tête d’enfant de Jean-Pierre et ce n’est qu’après « maths sup. » qu’il se présenta à l’Ecole de l’Air et entra dans la grande saga de l’histoire de l’aviation française. Nous connaissons la suite : Pilote de Chasse, Pilote d’Essai, Cosmonaute avec deux vols habités sur MIR.

Il est certain que chez l’enfant, une petite graine de féerie se sème et reste latente jusqu’à l’adolescence, puis germe pour donner naissance à une grande fleur de passion.

Décorations :

– Commandeur de la Légion d’Honneur

– Chevalier de l’Ordre National du Mérite

– Ordre Russe de l’Amitié des Peuples

– Médaille Russe du Courage Personnel

Missions :

– Mission ALTAÏR

– Mission PERSEUS : mission franco-russe, qui s’est déroulée à bord de la station spatiale MIR du 20 février au 28 août 1999. Cette mission de longue durée (186 jours) comportait en outre une sortie extra-véhiculaire.

 

 

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Nous arrivons pour la première fois avec mon épouse sur ce lieu mythique. Il fait très beau. La steppe brûlée, de teinte ocre et jaune est écrasée par les nombreux portiques de lancement et de nombreux ateliers hauts comme des cathédrales. Les officiels nous dirigent vers la salle réservée à la conférence de presse. Nous sommes assis devant une vitre qui nous sépare de la partie réservée à l’habillage et au contrôle d’étanchéité des scaphandres. Une porte s’ouvre, Jean-Pierre souriant entre en compagnie de ses deux camarades de vol, Vassili Vsibliyer et Alexandre Serebrov. Assis devant la vitre, chacun d’eux répond aux questions des journalistes. Puis, c’est le dernier et combien émouvant échange de paroles avec la famille, tout cela par micro interposé. Nous ressentons tous une très forte émotion. Ils sortent de la salle pour se diriger dans la cour et se soumettre au rite du départ.

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L’équipe des cosmonautes…

Ils sont engoncés dans leur scaphandre avec de grosses fesses à cause des couches indispensables pour tenir deux jours dans l’orbite d’attente. Il y a trois carrés blancs tracés sur le sol. Chacun des trois cosmonautes à leur place et le général commandant à la sienne. Il leur demande s’ils sont toujours volontaires pour cette mission. Un dernier salut militaire. Les cris fusent de la foule : « Vive Jean-Pierre, Vive la France ». Ensuite, ils prennent le car pour se diriger vers le pas de tir. Les invités échangent leurs impressions et après une petite marche à pied, atteignent les estrades qui se trouvent à environ 800 mètres du pas de tir. La fusée Soyouz est là, haute de 50 mètres, toute pimpante avec ses logos franco-russes. Il reste 2 heures 30 d’attente avant le départ. Nos trois colonels sont déjà en place depuis quelques temps, recroquevillés en position fœtale dans leur habitacle. Nous pouvons les voir sur l’écran de contrôle fixé sur l’estrade. Les cœurs se serrent. Paulette est toute pâle, décomposée, les yeux pleins de larmes. Très ému, je suis cependant confiant dans la fiabilité de la technique russe. Le haut-parleur annonce « 10 » puis « 5 4 3 2 1 0 ». Notre tension nerveuse s’accélère, le corps parcouru de frissons.

 

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Le décollage de la fusée…

Un gros filet de fumée sourd les tuyères puis s’amplifie, s’agrandit en grosses boules, les flammes sortent pétaradantes puis tonitruantes. Le pas de tir est envahi par une enveloppe de feu, le bruit devient assourdissant mêlé d’explosions sèches. La terre tremble sous nos pieds, l’estrade tremble, nous tremblons tous. Paulette pleure, à la limite de la syncope. Un officier russe lui prend la main et dit : « Pleure pas Mama, normal ! ». C’est le Général Gratchev, ministre de la guerre. Je filme tout cela avec mon caméscope, à genoux, calé sur un poteau pour ne pas trembler. J’ai donc vécu ce grand moment du bout de mon objectif.

Au début, la fusée se soulève lentement, comme suspendue en lévitation puis la vitesse s’emballe dans un bruit infernal et la fusée disparaît, quitte très vite notre vue. Huit minutes après, le module est à 400 kilomètres et les cosmonautes, en apesanteur. A ce moment précis, leur corps subit une énorme secousse et le petit nounours pendu dans la capsule se met à l’horizontale. Il leur restera deux longs   jours en orbite avant l’amarrage que nous suivrons au STOUP à Korolev.

 

Rude journée inoubliable……. !

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La presse …

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3 – Anecdote par Frédérick MAZOYER

 

Voici une histoire fabuleuse, à laquelle j’ai eu le privilège de participer…

Cela s’est passé un dimanche matin, il y a quelques années, à l’issue d’un contact radioamateur avec des amis du Plateau d’Avron.

Deux personnes âgées se présentent chez moi comme étant Monsieur et Madame Haigneré. Sur le moment je n’ai pas vraiment fait attention, mais en discutant, la dame ayant préalablement repéré mon pylône ainsi que les antennes, me demanda si j’étais radioamateur et s’il m’arrivait de faire de la communication radio par satellites. Je lui répondis que « oui », étant équipé pour cela en antennes, site et azimut et qu’il m’arrivait parfois aussi de me connecter à la Station orbitale MIR via courrier électronique (par le biais d’un équipement radio amateur !). « Justement ! » me dit-elle, « car notre fils se trouve sur cette dernière depuis plus de trois semaines, et pour une période de 6 mois, nous aimerions donc, si possible, passer par votre station de radioamateur afin d’avoir des nouvelles de Jean-Pierre de vive voix, avant de partir en vacances pour quelques jours ! ».

Cela a fait « TILT », car il s’avère que les parents de Jean-Pierre Haigneré, sont des voisins de quartier, habitant comme moi au Plateau d’Avron, sur la commune de Neuilly-Plaisance. Après quelques messages déposés sur le système informatique radioamateur de la station orbitale MIR, et de leur côté, Monsieur et Madame Haigneré ayant pris un contact téléphonique avec Claudie Haigneré, qui se trouve être à la fois la compagne de Jean-Pierre et sa doublure Cosmonaute, résidant sur le moment à la cité des étoiles à Moscou, celle-ci convient d’un rendez-vous lors du passage de MIR au-dessus du Plateau d’Avron, pour le lundi de Pâques.

Il me répondit aussitôt avec un report de 5/5 et une excellente modulation. Le contact a été établi sur toute la durée du passage de la station MIR au-dessus du Plateau d’Avron, soit environ ¼ d’heure sans interruption, avec un signal constant de très bonne qualité.

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Monsieur et Madame Haigneré ont enfin pu avoir de vive voix de nouvelles tant attendues de leur fils et je pense que pour moi, cela a été, sans doute, le plus beau contact radio que je n’ai jamais réalisé ! Ces derniers ont été plus que comblés, et moi aussi du reste, car une opportunité réciproque comme celle-ci ne se présente pas tous les jours à sa porte. Depuis ce jour mémorable, je me suis connecté régulièrement sur la station spatiale MIR afin de laisser quelques messages personnels à Jean-Pierre et son équipage. De plus, ses parents, de leur côté m’ont téléphoné régulièrement de leur lieu de vacances afin d’échanger quelques nouvelles et dès leur retour, nous avons renouvelé régulièrement l’opération.

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Comme quoi le rôle des radioamateurs ne se borne pas seulement à une réquisition en cas de catastrophe naturelle, ou des transmissions radio et des interventions de secours à l’étranger, mais c’est aussi pouvoir donner un peu d’émotion, l’espace d’un instant, à une famille séparée par la distance.

 

F5OZK (Résident et Radioamateur du Plateau d’Avron).

 

4 – Claudie HAIGNERE

 

La Famille HAIGNERE, une nouvelle fois mise à l’honneur, cela s’est passé en Avril 2011.

Claudie Haigneré a été nommée Grand Officier de la Légion d’Honneur. C’est une distinction bien méritée au regard de tout ce qu’elle a déjà réalisé dans sa carrière : médecin, cosmonaute, ministre et, actuellement, à la direction de l’Agence de l’Espace Européenne.

Claudie Haigneré