Le Bois d’Avron

Dans la première partie du XIXème siècle, le Plateau d’Avron n’est pour ainsi dire pas urbanisé. Le château a été détruit, la maison de maître qui l’a remplacé a également été démolie, la ferme de La Montagne n’existe plus depuis longtemps : bref, tout n’est que cultures, bois, pelouses et prairies ; et les coteaux sont plantés de vigne.

En 1860, Louis Soyer décide de lotir Beauséjour à l’emplacement de l’ancien château, sur la partie Rosnéenne du Plateau d’Avron.

Le 8 avril 1861, la société de l’Isle et Compagnie, dont le siège est à Paris, acquiert auprès de M. Oudard, une propriété dite ‘’le Bois et la Pelouse d’Avron’’, pour une somme de 70 000 francs. Cette société est composée de trois investisseurs parisiens : Charles Schoenfeld, Alfred de l’Isle et Théodore Cremnitz. L’acquisition se porte sur une propriété de 30,76 ha, à laquelle il faut inclure deux parcelles de 9000 m² et 6600 m² appartenant à Marie Jeanne Courtot, qui donne accord le même jour pour un rattachement au lotissement. Car c’est le but de la société : créer un lotissement et vendre par fractions.

1782 Bois d'Avron  Bois d'Avron a

C’est donc une propriété de 32,32 ha que cette société se prépare à lotir et mettre en vente. Un plan du lotissement est réalisé, avec les avenues, les divisions et leur numéro de parcelle ; et tout cela est consigné dans un cahier des charges précisant les clauses et conditions auxquelles seront assujettis les futurs acquéreurs. Ce cahier des charges est rédigé et enregistré chez Maitre Carré, notaire à Neuilly-sur-Marne, le 23 février 1862.

CdC

La dite propriété a son entrée principale sur le chemin de l’Abyme faisant face à la route de Villemomble à Neuilly.

Les Avenues :

 Des avenues sont créées, certaines utilisant des chemins existants (avenues de l’Ouest, des Caves d’Avron, de Rosny, ….), d’autres étant toutes nouvelles (avenues des Fauvettes, des Ramiers, Grande avenue, …).

L’avenue des Pins, actuelle avenue Aristide Briand, a été créée en prolongement du chemin de l’Abyme, en séparation de ce qu’étaient les Bois et la Pelouse d’Avron.

La Grande Avenue, actuelle avenue Daniel Perdrigé : c’est une voie nouvelle qui sépare longitudinalement le lotissement en deux, et qui démarre là où arrivait l’ancien chemin du château (avenue Jules Guesde).

L’avenue du Nord, c’est l’ancienne avenue d’Avron du cadastre napoléonien, dont le tracé a été modifié dans sa partie orientale.

L’avenue de l’Est a été créée sur le chemin de séparation des Pelouses d’Avron et de Neuilly. Elle est également le prolongement du chemin des Processions.

L’avenue du Midi a été créée pour rejoindre l’avenue de l’Est au chemin de Rosny, peut être sur un sentier existant qui permettait, à partir du Grand sentier, de rejoindre le chemin de Rosny.

L’avenue de Rosny a été tracée à partir d’un chemin existant qui menait à Rosny.  Sur le plan, tout comme le chemin qui existait, cette voie était limitée à sa partie occidentale, entre l’avenue de l’Ouest et l’actuelle avenue Aristide Briand.

L’avenue des Fauvettes est une voie nouvelle en prolongement du chemin qui montait du Bois de Neuilly.

L’avenue des Ramiers et l’avenue des Vignes (actuelle avenue Fernand Sanglier) sont également des voies nouvelles.

Ne sont pas mentionnées, bien qu’existantes : les avenues de l’Ouest et des Caves d’Avron.

1862 Bois d'Avron

Sur le cahier des charges, il est précisé que ces avenues seront maintenues à perpétuité, « telles qu’elles existent ».

Les avenues du Nord, de l’Est, du Midi et de l’Ouest tiennent évidemment leur nom de leur orientation, mais nous croyons savoir que nos lotisseurs se sont inspirés du lotissement du Raincy, qui avait ainsi nommé certains de ses boulevards.

Les Parcelles :

150 lots sont créés, d’une contenance moyenne de 2 000 m². Une dizaine de lots sont plus importants : de 3 000 à 5 000 m². Les acquéreurs peuvent acheter plusieurs lots.

Administration :

Un syndic est chargé de l’entretien, de l’administration et de la bonne conservation des voies publiques, de la propriété et de tous les autres objets d’un usage commun aux acquéreurs du Parc d’Avron. Pour l’élection de ce syndic, chaque propriétaire disposera d’autant de voix qu’il possède de lots au plan parcellaire, ou qu’il sera propriétaire de 500 m² de terrain ; la société ayant autant de voix que de lots non vendus.

Jusqu’à ce que la Société de l’Isle eut vendu 200 000 m² de terrain (ou 20 ha), elle avait le droit de choisir le syndic et comme dans la liste des syndics d’Avron, Monsieur de l’Isle figure jusqu’en 1867, il est permis de supposer qu’à cette date, la condition était remplie et que la vente des parcelles était virtuellement terminée.

Pour subvenir aux frais d’entretien des avenues, du rond-point et du garde, chaque propriétaire se doit de verser une somme représentant un centime par mètre carré de terrain, le 31 décembre de chaque année. La Société de l’Isle et Compagnie est elle-même appelée à contribuer à même hauteur pour les lots restant lui appartenir.

Ce syndic rendait compte de son administration aux intéressés le 1er juillet de chaque année, logiquement au rond-point dit d’Avron.

Carte bois d'Avron

Restrictions de constructions et de jouissance :

Les acquéreurs de terrains ayant façade sur la Grande Avenue ne peuvent élever aucune espèce de construction à moins de dix mètres de l’axe de la rue, excepté les clôtures. Un avenant de juillet 1862 précise, pour conserver le caractère de cette avenue, qu’il ne pourra être construit que de petits pavillons d’habitation, dont le faîte ne dépassera pas quatre mètres.

Les acquéreurs ne peuvent prendre possession de leur bien qu’après avoir payé le quart du prix convenu. Ils n’ont par contre que trois mois pour clôturer leur terrain. Quant aux lots qui resteraient appartenir à la Société de l’Isle et Compagnie, celle-ci ne sera jamais obligée de les clore.

Tous les paiements devaient avoir lieu en ‘’bonnes espèces de monnaie d’or ou d’argent du cours actuel, et non autrement’’. Des agios de 5 % par an viendront majorer les sommes restant dues.

Il est expressément interdit aux acquéreurs et à leurs représentants d’élever aucune fabrique, usine, atelier ou dépôt, ni aucun établissement dangereux, insalubre, incommode ou bruyant, et tout ce qui d’après les lois et règlements de police peut être considéré comme tel.

ANCIENNE PLAQUE AVENUE DE ROSNY

Extension :

Le 9 mars 1865, le Bois d’Avron est étendu aux propriétés de Mlle Cornélis, filleule de M. de l’Isle, qui seront mises en vente aux clauses et conditions du cahier des charges.

Propriétés Cornélis

Les 14 et 15 avril 1884, MM. Bernaux et Adler, qui viennent de racheter le Bois des Demoiselles à Pierre Rousset, signent une convention avec le syndic de l’époque, M. Lemée, pour que ce terrain soit considéré comme une annexe au Plateau d’Avron.

Cette extension de 6,6 ha permet de rattacher au lotissement existant toute la pointe nord-est du Plateau d’Avron, qu’était la Pelouse de Neuilly. Elle comporte également une pièce de terre située au lieu-dit Les Enfers, une bande de terre longeant le haut du chemin des Processions et une toute petite parcelle à la rencontre des avenues du Nord,  des Demoiselles et du chemin des Pelouses.

79 lots supplémentaires sont alors mis à la vente.

Bois des Demoiselles

Des rues sont existantes : le prolongement de la Grande-avenue, l’avenue des Demoiselles, l’avenue du Raincy, ainsi que le rond-point des Demoiselles. Leur état justifiant une prise en compte par le syndic est ratifié en janvier 1885.

Le syndic (syndicat d’Avron) :

De 1862 à 1868, le syndic est assuré par M. de l’Isle.

En 1867, c’est M. Désureau qui est élu syndic.

En 1868, la fonction de syndic est supprimée et remplacée par une commission de 15 membres présidée par M. Albert.

Est-ce M. Hamard qui préside cette commission en 1870 ?, nous n’en sommes pas sûrs.

Après la guerre de 1870, en 1875, suite à la dégradation des avenues, trois citoyens, MM. Lanjallé, Péan et Pivert réclament et obtiennent que la fonction de syndic soit rétablie. M. Bréval est élu, et reconduit en 1876.

En 1877, ce serait M. Laroche.

De 1878 à 1881, cette fonction est assurée par M. Commecy. Son fils André a laissé  des écrits d’époque qui nous servent de mémoire. C’est aussi lui qui cédera les terrains sur lesquels est construite l’église du Plateau d’Avron.

En 1884, c’est au tour de M. Lemée d’être syndic. Il sera beaucoup contesté.

En 1891, c’est Auguste Daude, conseiller municipal de la commune d’alors, Neuilly-sur-Marne, qui est élu syndic. Les locaux du syndicat, une maisonnette faite de carreaux de plâtre et de bois, sont situés Place des Fêtes, à l’emplacement de l’actuel cinéma ‘’La Fauvette’’. En 1893, ces locaux sont provisoirement mis à la disposition de l’administration pour recevoir les premiers élèves du plateau d’Avron.

En 1894, le syndic est Bosquillon de Marigny, il sera remplacé par Eugène Daude en 1895, avant d’être réélu en 1903. Il sera alors à l’origine de la création du marché du Plateau d’Avron.

 La vie s’installe :

 La vie ne s’installe que tout doucement sur le Plateau d’Avron, comme on peut le voir sur les différents recensements :

  • en 1866 : on dénombre 13 maisons, 13 ménages pour 46 habitants. Pour l’anecdote : M. de l’Isle et Mlle Cornélis vivent sous le même toit.
  • en 1872 : 32 maisons, 34 foyers pour 102 habitants. M. de l’Isle et Mlle Cornélis ne vivent plus au Plateau d’Avron : conséquences de la guerre ?
  • en 1876 : 34 maisons, 35 foyers et 109 habitants.
  • en 1881 : 58 maisons, 60 foyers et 175 habitants.
  • en 1886 : 93 maisons, 104 foyers et 345 habiatnts.
  • en 1891 : la veille de la séparation des deux Neuilly et du rattachement à Neuilly-Plaisance : 91 maisons, 101 foyers et 212 habitants.

Les premières années, c’est plutôt une population de villégiature qui s’est installée, venant principalement y vivre pour les week-end et les vacances. D’ailleurs, les problèmes de l’eau courante et des écoles pour les enfants ne seront réglés qu’à la fin du XIXème siècle.

Denise et Alain BOYER

 

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