Le Plateau d’Avron et la guerre de 1870

Introduction

Notre association a déjà publié un livre sur ce vaste sujet (présenté ici). Une plongée récente dans nos archives a permis de remettre à jour un grand nombre de documents, et nous souhaitions vous faire partager nos découvertes sur ce site. Malheureusement, la matière est tellement dense que nous ne pouvons pas avancer aussi rapidement que nous le voudrions.
L’année 2020 marquera le 150ème anniversaire de la bataille du plateau d’Avron, et nous vous promettons ce que nous croyons être de belles surprises. En attendant pour tenter de quand même faire avancer la diffusion des connaissances acquises (ou retrouvées !), nous mettons en ligne ce document, issu d’un ancien site web de l’association.
Bonne lecture.

Le plateau d'Avron vu de la vallée de la Marne

Le plateau d’Avron vu de la vallée de la Marne

La guerre de 1870 n’a duré que 4 mois mais ce pénible épisode, bien que court, a été catastrophique pour notre village qui venait à peine de naître. Il l’a été encore plus pour les soldats qui ont vécu sur notre plateau cette période dramatiquement éprouvante.

Nos deux auteurs ont préféré, pour notre site, la forme ” Chronique Journalière ” avec le récit sans fioritures ni commentaires et au jour le jour, des évènements qui se sont déroulés uniquement à Avron et dans son environnement immédiat.

L’intérêt de cette écriture est de faire ressortir avec une netteté et une précision remarquable comment cette bataille d’Avron a été perdue, à la suite de quels faits et de quelles erreurs. Ce style, dans sa concision, laisse au lecteur tout le loisir d’imaginer la réalité des évènements.

Septembre

Début septembre

L’autorité militaire française décide d’occuper le plateau d’AVRON. Sa situation en avant des forts de NOGENT et de ROSNY ; ses 115 mètres de haut permettant d’observer les hauteurs du RAINCY, la plaine de BONDY et la Vallée de la Marne, en font une position stratégique. Dans le but de son occupation, l’état major adopte un plan de travaux de protection, de défense et d’observation.

17 septembre

Mille travailleurs gardés par des hommes armés coupent et incendient le bois d’AVRON. La destruction des arbres et de la végétation est considérable. Pourtant, de Septembre à fin Novembre, ni les Français, ni les Prussiens, n’occupent le Plateau d’AVRON, chacun pensant que cette position reste très difficile à tenir. Les Prussiens préfèrent occuper NEUILLY-SUR-MARNE et MAISON-BLANCHE

Octobre

12 octobre

Ce matin, le lieutenant colonel REILLE, commandant le 7ème régiment des gardes mobiles du Tarn effectue une reconnaissance importante dans le but de s’assurer de la présence des forces ennemies au BOIS de NEUILLY sur MARNE et au plateau d ‘AVRON. Les postes prussiens se sont repliés. Le village du bois de NEUILLY est occupé et fouillé dans tous les sens. Trois compagnies sous les ordres du Commandant FOUCAUD gravissent les pentes d’AVRON. Une division du 1 er régiment de Chasseurs fouille la partie dénudée du plateau en tous sens sans voir d’ennemis, sauf du côté de VILLEMOMBLE, en arrière du village. L’infanterie prend à revers le bois où l’ennemi s’est retiré. Celui-ci n’essaye pas de le défendre, bien qu’il y ait fait des abattis.

14 octobre

Les Bas Bretons, guidés par un Enseigne de Vaisseau du fort de ROSNY et par leur Capitaine, occupent AVRON. Une fois sur les hauteurs, les mobiles rampant à travers les vignes surprennent les grand-gardes ennemies en avant de VILLEMOMBLE. Ils engagent le combat. Une vive fusillade éclate et les prussiens se replient dans le village où ils sont poursuivis par les tirailleurs.

15 octobre

Des gens de toutes conditions recueillent les fruits de la terre sur toute l’étendue de la plaine de ROSNY et aux environs de BOBIGNY. Ils sont sous la protection des mobiles du Finistère et du Nord et sous celle de l’infanterie de ligne.

17 octobre

Un peloton assez important de Prussiens est signalé à l’extrémité du PLATEAU D’ AVRON. Le fort de Nogent envoie des obus sur les hauteurs.

18 octobre

Quelques compagnies gravissent les pentes d’AVRON, occupent tout le Plateau et tiraillent à son extrémité sur le poste avancé de MAISON-BLANCHE. Aussitôt AVRON occupé, des tirailleurs entrent dans le village du BOIS DE NEUILLY totalement évacué. Ils le dépassent et se portent sur NEUILLY-SUR-MARNE où l’ennemi s’est retranché en forces considérables. Les Prussiens qui effectuent également des patrouilles, font un prisonnier français.

26 octobre

Paris encerclé

Paris encerclé

Tempête, brouillard, la pluie tombe à torrents. La situation militaire est désastreuse après la reprise du BOURGET par les Prussiens, la Capitale apprend la reddition de METZ. Des projets d’armistice semblent annoncer la capitulation prochaine. La nourriture manque et le moral des assiégés est au plus bas. Le même jour l’insurrection gronde à PARIS. L’Hôtel de Ville est envahi. Les négociations entamées avec l’ennemi sont rompues, il n’y aura pas d’armistice. L’armée se réorganise. Pour briser les ” Cercles de Fer”, des sorties sont envisagées.

<Le plateau d'Avron vu du plateau de Montfermeil

Le plateau d’Avron vu du plateau de Montfermeil

Novembre

14 novembre

Le bruit court que l’armée de la Loire vient de remporter à COULMIERS une victoire éclatante. Elle aurait occupé ORLEANS et ferait maintenant route vers PARIS. Il faut essayer d’atteindre CHAMPIGNY puis LAGNY et de foncer vers le sud pour aller au devant de l’armée de la Loire supposée toute proche. Pour cela, il faut trouver un champ de bataille favorable pour essayer de la rejoindre. Après d’autres positions, le secteur de la Vallée de la Marne est retenu. Dès la mi-novembre, on recommence à s’intéresser sérieusement à la position d’AVRON.

25 novembre

Depuis quelques jours de grands déplacements de troupes ont lieu à PARIS. L’ennemi qui a des espions, sait qu’une sortie va être effectuée et commence à prendre ses dispositions. Afin de protéger l’avance de nos troupes le long de la vallée de la Marne et leur ascension des coteaux de CHAMPIGNY, VILLIERS et BRY, on compte d’abord sur les forts et ensuite, plus avant, sur la protection d’AVRON. Il faut donc occuper le Plateau d’AVRON.

La nuit du 27 au 28 novembre

Dans la nuit du 27 au 28, on réunit à gauche du fort de ROSNY la division d’HUGUES avec son artillerie divisionnaire : En avant du fort, 3.000 marins, 200 sapeurs du génie ou auxiliaires, à droite du fort, la division BELLEMARE avec son artillerie divisionnaire et 3 batteries de 12, tirées de la réserve du 3ème Corps d’armée. La division d’HUGUES est suivie de deux batteries de 12, 6 pièces de 24 courts, 6 pièces de 7 et sur des voitures bien attelées : 1500 pelles, 1500 pioches, 200 haches, 20 scies (dites passe-partout), 20 masses, 50 dames, 8 sacs de poudre de 15 Kg chacun, 20.000 sacs de terre. Le déroulement de la journée du 29 novembre est scrupuleusement mis au point par l’état major. Les marins traverseront le Plateau dans toute sa longueur, de l’ouest à l’est s’arrêteront à l’éperon extrême situé à l’est et s’y retrancheront. Dans le cas ou l’ennemi occuperait le Plateau et particulièrement ” le Château “, l’action de l’infanterie sera préparée par une vive canonnade du Fort de ROSNY et de l’artillerie des divisions d’HUGUES et BELLEMARE …

Comme beaucoup de préparations faites par les états-majors loin du lieu de l’action, les prévisions sont complètement erronées. Le plan est fait d’après une ancienne carte et personne ne s’est renseigné de la topographie exacte des lieux : le château n’existait plus depuis bien longtemps.

28 novembre

Une reconnaissance opérée par le Colonel STOFFEL et le Lieutenant-colonel DEVEZE montre que les Prussiens n’occupent pas le Plateau d’AVRON. L’Amiral SAISSET qui a sous ses ordres la division d’HUGUES appuyée par la division BELLEMARE et 3000 gardes nationaux, met son monde en marche dès le 28 au soir. Dans la nuit, il s’installe dans la position sans avoir à tirer un seul coup de fusil et fait immédiatement construire par les marins et les artilleurs du corps franc, une série de batteries de position qui sont armées dans la journée. AVRON bombarde la commune de NOISY au devant des troupes françaises, mais le général DUCROT, artisan de la bataille de CHAMPIGNY est bloqué. Le Général d’EXEA hésite et reste sur la rive droite de la Marne au lieu de traverser celle-ci.

Décembre

2 décembre

Les Prussiens attaquent sur toute la ligne à la fois depuis CHAMPIGNY jusqu’à BRY. Ils ont reçu de leur arrière un ravitaillement important: armes, vivres et munitions pendant la journée de trêve. Les combats de CHAMPIGNY sont terribles. Des hauteurs de la rive gauche de la Marne, de véritables duels d’artillerie sont engagés par les Prussiens avec le Fort de NOGENT et les batteries d’AVRON. Ils mettent en évidence l’infériorité de l’artillerie française.

Le quartier général du général d'Hugues sur le plateau d'Avron

Le quartier général du général d’Hugues sur le plateau d’Avron

3 décembre

Général Ducrot

DUCROT est convaincu qu’il est inutile de résister, une nouvelle attaque serait s’exposer à un désastre certain. Il faut repasser la Marne et rentrer dans PARIS. Pour faire croire à une attaque, toute l’artillerie est mise en action. L’évacuation des diverses positions s’effectue en bon ordre.

5 décembre

Un parlementaire apporte la lettre suivante adressée par Monsieur de MOLTKE au Général TROCHU. ” Versailles le 5 Décembre 1870. Il paraît être utile d’informer votre Excellence que l’armée de la LOIRE a été défaite près d’ORLéANS et que cette ville a été récupérée par les troupes allemandes. Si toutefois, votre excellence juge à propos de s’en convaincre par un de ses officiers, je ne manquerai pas de le munir d’un sauf-conduit pour aller et venir. ” L’armée de la Loire n’est donc pas dans la région de FONTAINEBLEAU mais chassée d’ORLéANS, elle s’éloigne de PARIS. Il n’y a donc plus aucune urgence de tenter de la rejoindre. Le drapeau blanc est hissé sur le Plateau d’AVRON, sur le Fort de ROSNY, ainsi que sur les lignes Prussiennes. Une trêve locale a commencé ce matin. La division d’HUGUES conserve le plateau d’AVRON. L’occupation de cette importante position est le seul résultat obtenu grâce aux combats des jours précédents. D’après le Général VINOY, c’est une hauteur très incommode pour l’ennemi qui est obligé d’abandonner le pont de GOURNAY pour se rejeter sur CHELLES. Il est même forcé d’arrêter à BROU les convois de chemin de fer nécessaires à son ravitaillement. La route de CHELLES à VILLEMOMBLE lui est désormais interdite pour les transports.

Panorama de la bataille de Champigny

Panorama de la bataille de Champigny

7 décembre

Le commandant SALMON prend le commandement de quatre bataillons de Marine, sous les ordres du Général d’HUGUES. Les ouvrages sont occupés par le corps franc d’artillerie organisé par le Capitaine POTHIER. L’artillerie, elle, est commandée par le Colonel de STOFFEL. Un poste sémaphorique est établi sur le plateau et les batteries sont consolidées. Les troupes s’organisent sur AVRON, mais la vie y est pénible, pas de baraquements et le froid est difficile à supporter début Décembre sous la tente. L’eau manque, les études faites pour pourvoir le Plateau d’une quantité d’eau potable suffisante resteront sans résultat définitif, la neige y pallie bien souvent.

L'occupation prussienne

L’occupation prussienne

Les batteries sont reliées par des tranchées, construites au jour le jour, sans projet arrêté. Une longue tranchée destinée le cas échéant à protéger la retraite s’appuie à droite au chemin de fer de Mulhouse, sous ROSNY à gauche au cimetière de ce village.

Tous ces travaux ne sont exécutés qu’avec des tâtonnements, sans hâte aucune… Le gel puis le dégel après la neige, rendent la terre difficile à remuer. Les travailleurs sont dans la boue jusqu’aux chevilles et chaque matin on trouve de l’eau remplissant les tranchées. Il n’y a ni abri, ni traverse, ni magasin blindé…

Les troupes campées sur AVRON peu surveillées, composées en très grande majorité de mobiles, passent leurs journées, non point à travailler mais à aller chercher des légumes du coté de VILLEMOMBLE ou à piller ce malheureux village…

Nuit du 12 au 13 décembre

Les Prussiens sont considérablement gênés par l’occupation du plateau d’AVRON par les troupes françaises. ls tentent d’occuper AVRON par surprise dans la nuit de Lundi à Mardi. Vers une heure, ils s’avancent sous les branches de la forêt de BONDY et arrivent de divers points sur VILLEMOMBLE. C’est en avant de ce village qu’ils prennent leur position de combat. Très forts au centre, ils déploient sur leurs ailes des bandes de tirailleurs qui doivent attaquer les positions françaises par la droite et par la gauche.

« A l’arrivée des renforts, la fusillade a pris les proportions d’une vraie bataille. Tandis que nos soldats sont ainsi occupés à droite et à gauche, le centre de l’ennemi est déjà parvenu à cent mètres du sommet, quand une décharge de toutes nos pièces fait d’épaisses trouées dans ses rangs. Les Prussiens fuient en désordre, poursuivis par nos obus jusque dans les bois… »

18 décembre

Comme à son habitude, le général TROCHU Gouverneur de Paris, fait placarder une proclamation annonçant une prochaine sortie des troupes françaises. L’ennemi peut donc commencer à se préparer pour affronter nos troupes. A cette date, la division d’HUGUES, toujours sur AVRON, compte environ 10.000 hommes et 60 pièces de canon. La brigade de BLAISE, composée de 4 bataillons des 111 ème et 112 ème régiments de marche, dresse ses tentes sur les glacis et dans l’ouvrage avancé du Fort de ROSNY.

Trente huit bataillons de la Garde Nationale se trouvent répartis entre le Fort de ROSNY et celui de NOGENT, soit environ 20.000 hommes peu entraînés.

Batterie saxonne devant le fort de Rosny

Batterie Saxonne de 24 devant le Fort de Rosny

20 décembre

L’opération est reportée, en partie à cause des intempéries, au 21 au matin. Les troupes amassées dans le secteur indiquent aux Prussiens le lieu prochain de l’action. Déjà des renforts leur arrivent. Le Général VINOY, lors d’une inspection sur le Plateau, constate l’état lamentable de l’avancement des travaux.

L’artillerie considérable, placée sous les ordres de STOFFEL, est mal installée et mal protégée : parapets faibles, tracés des tranchées assez bizarres, magasin à poudre en voie d’achèvement, épaulements de campagne juste ébauchés… De plus, trois batteries de canons de 7 ont été retirées du Plateau et remises aux troupes de la 2 ème Armée en mouvement. Le Général TROCHU fixe le rôle d’AVRON dans la prochaine bataille. L’artillerie à longue portée, placée au nord du Plateau, précédera de son tir la marche des colonnes de la 2ème Armée qui se dirigera vers le BOURGET. La brigade BLAISE devra atteindre VILLE – Évrard et continuer plus à l’Est pour être en mesure d’atteindre avec son artillerie le port de GOURNAY. Dans la plaine, les gardes nationaux devront en partie remplacer la brigade SALMON sur AVRON où le Général d’HUGUES restera pour la défense de cette position.

21 décembre

La bataille pour la prise du BOURGET vient de commencer. Le Général BLAISE considérant la préparation d’artillerie suffisante, lance ses bataillons sur VILLE-éVRARD. Les troupes passent à NEUILLY sur MARNE et pénètrent dans l’asile d’aliénés de VILLE-éVRARD en cours de construction. Le Général BLAISE à la tête de ses troupes pénètre dans le parc et les bâtiments et commence à s’y retrancher.

L’ennemi, peu nombreux, pour la plupart des hommes du 8 ème régiment de Saxe fuit vers CHELLES. Les Français font quelques prisonniers. Les pièces Allemandes essayent d’arrêter l’offensive, mais les canons d’AVRON, de NOISY et de ROSNY font une « contre battue» efficace. Les obus ennemis tombent au bas du Plateau et s’enterrent dans le sol détrempé. Rectifié, le tir Prussien devient plus précis. Après 60 coups sans effet, un obus arrivant sur AVRON touche une batterie de marine. Plusieurs artilleurs sont blessés. Pris de panique, les ouvriers civils qui ont regagné le Plateau pour observer la bataille s’enfuient en désordre, semant le trouble parmi les autres troupes. MAISON BLANCHE est occupé avant midi. La position est mise en état de défense. Les murs d’enceinte sont en partie renversés ou crénelés.

Le Plateau d’AVRON ne cesse de combattre les batteries Prussiennes qui abandonnent leurs positions de NOISY le GRAND et de VILLIERS, mais bien vite les portées de canons sont insuffisantes. On déplace du Nord vers le Sud Est du Plateau une batterie de canons de 7 à portée plus puissante. Pendant ce temps, les troupes françaises subissent un échec au BOURGET.

Le Général de MALROY prend position dans NEUILLY sur MARNE. Des gardes nationaux s’arrêtent dans les premières maisons du village et allument de grands feux, cibles idéales pour les Prussiens qui leur expédient quelques obus, forçant les gardes à se disperser.

La brigade SALMON remonte sur AVRON. Les Généraux BLAISE et de MALROY considérant être suffisamment protégés par les feux du Plateau, insistent pour conserver les positions prises dans la journée. Par une dépêche, le Général TROCHU fait connaître le désastre du BOURGET. Il ajoute « J’ai à me réjouir de votre occupation de NEUILLY, VILLE – éVRARD et MAISON – BLANCHE… » Il félicite le Général VINOY pour l’action menée dans la Vallée de la Marne mais demande également d’évacuer les positions. Au moment où cette dépêche arrive, les bataillons restés à VILLE-ÉVRARD doivent supporter une attaque d’une inquiétante gravité. L’ennemi a décidé de reprendre VILLE-ÉVRARD.

Carte du plateau d'Avron

Carte du plateau d’Avron

« Nos hommes étaient au repos, préparaient le repas du soir et étaient dispersés de toute cotés. Le Général BLAISE avait placé un poste avancé à l’Est sur la route de STRASBOURG, quatre bataillons dans le parc, mais pas un homme dans la plaine entre le canal et la Marne et aucune patrouille. » L’attaque les prend par surprise, le Général BLAISE, cherchant à réunir ses hommes autour de lui, est tué d’une balle dans la poitrine. La panique s’empare des bataillons de la Garde Nationale, bien qu’ils soient séparés de l’ennemi, protégés par des bataillons de gendarmerie et couverts par le Plateau d’AVRON. Les hommes fuient d’abord au fort de ROSNY puis au glacis de l’enceinte (fortification de PARIS) et jusque dans Montmartre. Dans la nuit, durant la bataille, les troupes Françaises se mitraillent par erreur, les troupes prussiennes font de même. Des troupes saxonnes essaient de se glisser le long du canal. A MAISON-BLANCHE où SALMON n’a que peu de monde, quatre compagnies allemandes refoulent sur AVRON nos gardes nationaux.

22 décembre

Il gèle durant la nuit. Sur AVRON les troupes ont bivouaqué par un froid cruel, sans tente, sur la terre couverte de neige. Les troupes souffrent beaucoup du froid. On déplore de nombreux cas de congélation durant la nuit du 21 au 22. Pour évacuer VILLE-ÉVRARD, la brigade SALMON redescend du Plateau vers MAISON-BLANCHE. Dès que la troupe se retrouve au centre de la plaine, l’artillerie Prussienne, réinstallée à NOISY le GRAND ouvre le feu. Le Plateau d’AVRON riposte avec vigueur. A dix heures du matin, VILLE-ÉVRARD est totalement évacuée. Le gel ne permet plus de continuer les travaux de défense.

24 décembre

La température descend à -11°.
La nuit de NOËL se passe sans combat dans le secteur du plateau d’AVRON.

25 décembre

La température est de -15°.
Sous la tente, l’encre se congèle et il est difficile à nos officiers de travailler. L’eau, le vin sont gelés et le pain ne peut être tranché qu’à coups de hache. Pendant la nuit, deux sentinelles des postes avancés où l’on ne peut pas faire de feu, sont gelées. Dans la matinée, les observateurs du Fort de ROSNY ainsi que le Colonel STOFFEL des hauteurs d’AVRON, observent des travaux importants chez les ennemis qui construisent des plates-formes d’artillerie.

26 décembre

L’ennemi arme une batterie à l’arrière de NOISY le GRAND pensant que des hommes sont restés dans le parc de MAISON-BLANCHE. Ils ouvrent le feu sur la partie Ouest. AVRON ne répond pas. Le Général VINOY réunit sur AVRON, le Général d’HUGUES, le Colonel du Génie GUILLEMOT et le Colonel STOFFEL pour discuter des mesures à prendre en cas d’attaque massive. Avec le froid et le déboisement total, les tentes dressées pour 10.000 hommes face aux positions Prussiennes, sont des cibles magnifiques. Les baraquements montés par le Génie Civil sont aussi dans la partie la plus en vue du Plateau. On décide de transférer les troupes sur les pentes du Plateau qui font face au Fort de NOGENT.

27 décembre

Il a neigé pendant la nuit. Le froid glacial rend tous les travaux difficiles, voire impossibles.

8 heures du matin

Les Prussiens démasquent toutes leurs batteries et ouvrent le feu sur AVRON, ROSNY et NOGENT. Le plateau se trouve au centre d’un feu convergent d’une extrême violence. Les Prussiens ont installé et renforcé leurs batteries, soit 60 pièces d’artillerie, au RAINCY, à GAGNY, à CHELLES, à GOURNAY sur une demi-circonférence d’environ 14 km, ayant AVRON comme centre. Dès les premiers coups, il est évident que tous ces canons ennemis sont de calibre supérieur à la plupart des pièces françaises.

Une batterie prussienne

Une batterie prussienne

Les canons KRUPP entrent en action.
Une véritable pluie de projectiles, d’éclats d’obus, de mottes de terre que le gel rend dangereuses, couvrent le Plateau. Les batteries d’AVRON tentent de riposter mais une autre évidence apparaît, la portée des pièces d’artillerie est insuffisante. Pensant que ce bombardement n’est qu’une préparation d’artillerie et qu’il sera suivi d’une attaque d’infanterie, on commence à se préparer à cette éventualité.

Midi

Un obus tombe sur une maison...

Un obus tombe sur une maison…

Soudain, un obus pénètre dans une maison où déjeunent des officiers de l’état-major du 6ème bataillon des mobiles de la Seine, blessant le Commandant et tuant l’aumônier et plusieurs Capitaines. Cet accident fait une vive et fâcheuse impression sur les troupes. Des soldats épouvantés cherchent à s’enfuir, mais les troupes placées en arrière les ramènent au feu. Pour l’artillerie le danger est énorme, le temps est redevenu clair et les troupes offrent des cibles idéales. Les hommes sont obligés de se blottir dans les tranchées, immobiles, sans feu, les pieds sur la glace qui s’y est formée.

Le quartier Général sur le plateau d’AVRON est bombardé. Le Général d’HUGUES s’installe dans le bas de NEUILLY. Il restera toujours avec ses hommes. Le Général VINOY fait venir la division BELLEMARE, en arrière du Plateau pour les remplacer.

8 heures du soir

La position est intenable, les pièces françaises sont inférieures à l’artillerie prussienne, les batteries de mitrailleuses sont inutiles. Malgré les prouesses du Colonel STOFFEL, les forces sont trop insuffisantes. Le bilan de cette journée est de 100 tués ou blessés. Le Colonel STOFFEL confirme au Général TROCHU que l’artillerie est incapable de répondre aux canons Prussiens.

Nuit du 27 au 28 décembre

La température dépasse les -10°

VINOY attend toujours une attaque de l’infanterie Prussienne. Les batteries ne répondent pas aux bombardements prussiens. Il est probable que cette attitude, forcera l’ennemi à se porter sur le Plateau et l’on se tient prêt à les arrêter.
Il est interdit d’allumer de feu qui serait une belle cible pour les artilleurs Prussiens. Les hommes inoccupés attendent immobiles dans les tranchées, sans abri. Les cas de congélation sont nombreux, les vivres manquent.

28 décembre

5 heures du matin

Le Général VINOY écrit:
« Je ne dois pas vous laisser ignorer que la position du Plateau d’AVRON peut devenir critique d’un moment à l’autre… Pour défendre ces positions, des jeunes troupes dont le moral n’est pas très solide et notre artillerie me paraît bien faible pour répondre au gros calibre de l’ennemi. » Avec la même vigueur, dès le levé du jour, les Prussiens ouvrent le feu. Le feu ennemi est plus précis que la veille. De nombreux soldats sont tués ou contusionnés. « Si les Prussiens avaient lancé leur infanterie, bien peu de nos soldats se seraient levés pour les repousser tant était grande leur faiblesse physique et morale.» Afin de se rendre compte par lui même de la situation, le gouverneur de PARIS arrive au fort de ROSNY vers midi et se rend à pied sur le Plateau. A ce moment, ayant peut être repéré le déplacement de TROCHU et de son escorte, le feu redouble d’intensité. Le gouverneur trouve tout le Plateau extrêmement bouleversé et constate le mauvais état des troupes d’infanterie. Il juge la situation assez grave et réunit à ROSNY un conseil de guerre. Une seule question se pose : faut il conserver ou quitter le Plateau d’AVRON ? La prudence conseille de mettre fin aux sacrifices inutiles depuis deux jours en évacuant immédiatement. Le Gouverneur décide de faire évacuer le Plateau pendant la nuit suivante.

A la nuit, comme la veille, le feu prussien cesse.

Nuit du 28 au 29 décembre

De l’Arsenal de VINCENNES, le Général TROCHU active l’envoi du matériel nécessaire pour l’enlèvement des pièces lourdes et de toute l’artillerie. Du fort de NOISY, l’Amiral SAISSET envoie des renforts de marins, le fort de NOGENT fait de même. Il fait nuit, il fait froid, les pentes du Plateau sont verglacées, dès le début les chemins sont vite encombrés. Le lieutenant de Vaisseau LAVISON, avec son personnel et ses chariots spécialisés dans le déplacement des grosses pièces fait pourtant des prouesses. Les chemins sont presque impraticables, il doit avec ses véhicules, se glisser au milieu de fourgons divers. Les chevaux ne peuvent tenir sur le verglas, on manœuvre partout à bras dans l’obscurité avec l’interdiction d’allumer du feu. Mais le bruit incessant des voitures attire l’attention des Prussiens qui ouvrent le feu de NOISY à GAGNY.

Une pièce de 30 de marine, montée sur une voiture se renverse dans la descente qui va vers NEUILLY PLAISANCE. Impossible de la sortir. Au sommet du Plateau une autre dont l’essieu a été brisé par un boulet, est bloquée sur place. Les troupes ont commencé aussi leur retraite.

Les carrières

Les carrières

Des gardes mobiles descendent dans les carrières où ils prennent un peu de repos avant d’être évacués. Beaucoup de mobiles dans le désordre de cette évacuation, gagnent PARIS. Sur les routes on se hâte, la retraite prend parfois des allures de déroute. Tous marchent à l’abri des Forts, vers PARIS.

29 décembre

Toutes les troupes ont quitté AVRON. Deux pièces d’artillerie restées sur place seront récupérées le lendemain. Les Prussiens tirent dans un premier temps sur le Plateau. Devant le silence de cette position, ils se rendent vite compte que le lieu a été évacué. Le plateau d’AVRON restera militairement inoccupé jusqu’à la conclusion de l’Armistice.

La France signant le traité de paix

La France signant le traité de paix

Une commémoration annuelle a lieu au monument aux morts du Plateau d’Avron, situé Chemin des Pelouses d’Avron : elle est organisée le dimanche précédant le 25 décembre vers 11h00 du matin. Pour conserver la mémoire de cet évènement et que perdure ainsi cette commémoration, nous invitons tous ceux qui le peuvent à y assister.

Bibliographie

Jacques ADAM, Philippe BOURGEOIS, Sylvie BOURGEOIS :
Histoire de la Région au jour le jour.
Arthur BALLU :
Les Zouaves à Paris pendant le siège.
Albert BUISSON :
Notes historiques. (Société d’histoire de Rosny sous bois)
CIMA :
Monographie du Plateau d’Avron.
CLARETIE :
La bataille de la Marne.
A. COMMECY :
Chronique du temps jadis.
Général DUCROT :
Le siège de Paris (plan d’occupation du Plateau d’Avron).
Victor DUJARDIN :
Souvenirs de la guerre de 1870-1871 (VI bat. Garde Mobile).
Hector ESPAULLARD :
Notes historiques sur le Plateau d’Avron.
HAMEL :
Doc. Historique sur la bataille du Plateau d’Avron (1870-1871).
HUSTIN :
La guerre de 1870-1871 : les Allemands à l’Est de Paris.
Pierre LETOMBE :
Chronique du Plateau d’Avron.
MALET-ISAAC :
Histoire de France.
Alexandre MERCIER :
Episode du siège de Paris en 1870.
Lieutenant Colonel ROUSSET :
Histoire populaire de la guerre de 1870-1871.
François ROTH :
La guerre de 1870-1871.
Contre-amiral SEYSSET :
Correspondance.
Gervase de TOURNEBOEUF :
Journées de Champigny et de Villiers.
Claude TROQUET :
La banlieue Est pendant le siège de Paris.
Général VINOY :
Campagne de 1870-1871. Opération 13ème corps & 3ème armée.
E. VIOLLET LE DUC :
Mémoire de la défense de Paris.
Charles VAVASSORI
Vice-amiral Baron de la Roncière le NOURY