L’Abîme ou Bellevue d’Avron

Peu d’anciens avronnais connaissent cette appellation ‘’Bellevue d’Avron’’, alors les autres !!!
Pour nous, étant gamins, c’était le quartier situé entre la côte de l’Abîme, le bas de notre actuelle avenue Aristide Briand, et la côte du Bois-Châtel. Et pourtant, créé tout juste quelques années après le ‘’Bois d’Avron’’, il a été loti sous l’appellation ‘’Bellevue d’Avron’’.

Nous sommes en 1867. Cinq ans auparavant, la société De l’Isle et compagnie vient de proposer à la vente des terrains sur le ‘’Bois et la Pelouse d’Avron’’, une zone alors limitée entre les avenues de l’Ouest et de l’Est d’une part, et les avenues de Rosny et des Caves d’Avron de l’autre. Et Louis Soyer a créé le lotissement de Beauséjour. Avron s’urbanise tout doucement.

Le 13 avril, MM. Frédéric Gourichon, Jean-Baptiste Bidance, Constant Bouhallier et Julien Pineau acquièrent indivisément des terrains d’une surface de 7 hectares et 50 ares, sis au Plateau d’Avron, au lieu-dit le ‘’Bois de l’Abîme’’. Ils ont acheté ces terrains auprès de Nicolas Coupier, qui les avait acquis lors de la mise en adjudication des biens de M. Lewal, un ancien Maire de Villemomble s’étant retrouvé ruiné après la chute de la Bourse due aux évènements de 1830.

L'Abîme : Vue aérienne

Cette vente par adjudication au plus offrant et dernier enchérisseur, et à l’extinction des feux (à la bougie), a été réalisée en trois lots, réunis en un seul à la demande des acquéreurs. Cette pièce de terre, dite « le Bois de l’Abyme (ainsi orthographié dans l’acte) », tenait d’une part à l’avenue des Caves, d’une autre au chemin de la Pelouse à Villemomble (l’actuelle rue du Bois-Châtel), d’autre part au chemin de la Futaie, sente veuve Gallot, et d’un quatrième côté à divers habitants de Villemomble.

Julien Pineau est marchand de vins et demeure au Bois d’Avron.

Constant Bouhallier est fabricant de lampes et demeure au Bois de Neuilly, rue Sainte-Anne (l’actuelle avenue Carnot).

Jean-Baptiste Bidance est fabricant de feuillages en cires et montures et demeure à Paris.

Frédéric Gourichon est jardinier et demeure au Bois d’Avron.

Le 1er juin 1868, par le biais d’un cahier des charges dressé chez Maître Carré, notaire à Neuilly-sur-Marne, ils décident de mettre en vente par lots cette propriété sous le nom de « BELLEVUE D’AVRON ».

L'Abîme : Plan

Un plan de division a été dressé le 10 mai de cette même année. Cent lots sont ainsi mis à la vente, séparés par les avenues Bouhallier, Bidance, Gourichon, et l’allée de la Fontaine Pineau. Car ce lotissement possède une fontaine édifiée sur une source sortant des coteaux Nord-Ouest du Plateau d’Avron.

L'Abîme : Source

 
 
 
 
 
 
 
 
Serait-ce la source de cette carte postale ? Le relief peut porter à le croire, car l’allée de la Fontaine Pineau se trouve dans un talweg entre l’avenue des Caves d’Avron et l’avenue du Bois-Châtel, et les terrains menant à cette dernière sont très pentus.

 
 
Les prix des terrains sont très différents en fonction de la surface, mais surtout de la situation et de la géographie de ces derniers, car certains sont assez inclinés.
Ce nouveau lotissement est géré par un syndic nommé annuellement. Parmi les premiers propriétaires, on peut citer : MM. Migné, Philippe, Fiébault, Abello, Lallemant, Véron, Pintens, Bourcelet, Goussens, Frion, Mlle Hantoy, …

Est-ce les conséquences de la guerre de 1870 ? : peut-être, car le 22 juin 1871, nos quatre protagonistes, qui avaient acquis en indivision ce lotissement, décident de le partager.
Il faut rappeler que sur les 34 maisons recensées au Plateau d’Avron avant le conflit, dont celles de Bellevue d’Avron, 20 ont été incendiées en septembre 1870 afin de ne pas servir de mire aux artilleurs allemands, et celles qui sont restées ont été en partie saccagées, soit par la mitraille ennemie, soit par l’occupation d’Avron par plus de douze mille hommes pendant plus d’un mois. Et comme le froid était intense, jusqu’à moins quinze degrés, il fallait se chauffer.
Ce cliché d’Hippolyte Blancard, pris sur le Plateau d’Avron au printemps 1871, montre l’étendue des dégâts.

L'Abîme : Guerre de 1870

À cette date, seulement 27 lots avaient été vendus. Devant notaire, les comparants ont formé quatre lots des terrains encore invendus, aussi justes et égaux en valeur que possible :

  • le premier, composé de 13 lots, et d’une surface de 16 365 m²,
  • le second, composé de 16 lots, et d’une surface de 10 411 m²,
  • le troisième, composé de 24 lots, et d’une surface de 12 796 m²,
  • le dernier, composé de 18 lots, et d’une surface de 14 520 m².

Par l’effet d’un tirage au sort :

  • le premier lot est échu à M. Bouhallier,
  • le deuxième lot est échu à M. Gourichon,
  • le troisième lot à M. Pineau,
  • et le quatrième et dernier à M. Bidance.

« Il est également précisé :
M. Bidance propriétaire des soixante-quinzième et soixante-dix-septième lots, prend ici, tant pour son compte, que pour celui de ses sous-acquéreurs ou représentants, l’obligation de ne pouvoir, par aucun moyen, porter atteinte au libre écoulement des eaux allant actuellement à la fontaine par le chemin de la Fontaine y conduisant, comme aussi, d’enlever à son profit, les eaux en question, soit en les coupant, soit en leur donnant une autre direction,
Le présent partage est fait de bus à bus et sans soulte, les lots étant estimés une somme de cinquante-quatre mille cent huit francs, en commun et représentant chacun le quart de cette somme, malgré la différence des contenances de chaque lot. La valeur des terrains a été basée sur la plus ou moins bonne situation des terrains partagés, eu égard aux voies de communication sur lesquelles ils aboutissent. »

L'Abîme : Allée Bouhallier

Julien Pineau était restaurateur et logeur au lieu-dit « Les Bruyères », actuellement le café tabac du haut de la côte des Fauvettes.
Frédéric Gourichon vivra longtemps au Bois d’Avron et sera souvent cité dans les mémoires d’André Commecy, ancien syndic d’Avron.
On ne sait pas si Constant Bouhallier et Jean-Baptiste Bidance ont poursuivi longtemps leur commerce de terrains sur Avron, et même s’ils y ont vécu. L’absence de cahiers de syndic de ce lotissement et son rattachement au syndic du Bois d’Avron ne nous sont pas connus.

Alain Boyer

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