La Pelouse de Neuilly

Aparté : de la fin du XVIIIème siècle et pour une bonne partie du XIXème, trois lieux-dits avaient dénomination de ‘’Pelouse’’ sur le Plateau d’Avron, chacune ayant l’extension de son lieu d’appartenance :

  • la Pelouse de Rosny, également appelée Pelouse d’Avron au temps du château,
  • la Pelouse d’Avron, ainsi dénommée pendant tout le XIXème siècle,
  • la Pelouse de Neuilly, propriété de la paroisse de Neuilly-sur-Marne, puis de la commune.

 

A l’aube de la Révolution Française, toutes les terres d’Avron, ou presque, appartiennent aux domaines d’Avron et de Villemomble (qui viennent d’être vendus séparément), à l’exception des ‘’Communs de Rosny’’ et de la ‘’Pelouse de Neuilly’’. La Pelouse de Neuilly dépendait alors de la paroisse de Neuilly-sur-Marne.

1782 Pelouse de Neuilly a

La Révolution va ‘’chambouler’’ l’ordre établi. L’Assemblée Nationale Constituante vote un décret le 2 novembre 1789 qui l’autorise à nationaliser les biens de l’Eglise : les biens du Clergé sont confisqués. Le 10 juin 1793, une autre loi en autorise l’aliénation : ils seront considérés comme biens communaux et partagés.

Le 28 nivôse de l’an 4 (18 janvier 1796), les habitants de Neuilly-sur-Marne se sont donc partagé verbalement 18 hectares de terres qui appartenaient à la Fabrique de leur paroisse : le Marais de St-Baudile, les Javaux, Le Pré-de-l’Eglise, la Grande-voyerie, la route de Ville-Evrard, et la Pelouse de Neuilly. Pour cette dernière, chacun a droit à 3 perches et demi: il y a 639 bénéficiaires, chaque famille ayant autant de parts qu’il y a de membres dans la famille. C’est donc 2236,5 perches, soit 7,6 ha qui sont partagés entre les habitants. Chaque bénéficiaire est propriétaire de sa part, y compris les mineurs. « De ce partage, il n’a été rédigé aucun acte légal du partage des propriétés desquelles il s’agit et que les habitants ne se sont fait raison entre eux qu’au moyen d’un arpentage et de notes qu’ils ont prises, pour connaître la portion échue à chacun d’eux ».

Le 13 septembre 1809, le Bureau du Culte demande à rentrer en possession de ‘’ses biens’’ en exécution de l’arrêté du 7 thermidor an 11 (26 juillet 1803), d’autant plus que les habitants de Neuilly n’ont fait aucune déclaration pour conserver ces propriétés, ainsi que l’a voulu la loi du 9 ventôse an 12 (29 février 1804). Il ne sera pas entendu et la paroisse ne récupèrera jamais ces biens.

 

Anecdote : En 1799, le citoyen Lemoine, perruquier et cultivateur à Neuilly-sur-Marne, dénonce le partage des Biens Nationaux : certains se seraient appropriés des biens à leur seul profit, d’autres, qui en ont reçus, ne les mettent point en culture et ne veulent pas les donner « à ceux qui se réclament à eux », enfin d’autres encore  auraient élagué des arbres appartenant au domaine national. Il sera finalement débouté et échappera de peu à ce que la condamnation se retourne contre lui.

Propriétaires :

1819 Pelouse de Neuilly anotée  Pelouse et terrains Pressat

En 1815 et 1816, un médecin parisien, le Docteur Pressat fait un certain nombre d’acquisitions auprès des bénéficiaires du partage, ou de leurs héritiers : Bourgeois, Hercend, Laruelle, Cornu, Viennot, Dumont, … Par contre, il semble faire usage de plus de terrains qu’il n’en aurait achetés, et pour bien délimiter la propriété qu’il s’est octroyée, il l’a entourée de fossés.

C’est ainsi qu’en 1831, un certain nombre de propriétaires viennent voir le Maire et expriment leur volonté de rentrer dans leurs biens. Cette démarche ne sera pas immédiatement suivie d’effet.

Le 8 avril 1838, le docteur Pressat vend sa propriété de 3,93 ha aux demoiselles Lhuilllier, demeurant à Gagny. Ce n’est que plus tard que ressurgit la notion d’une appropriation illégitime de terrains par celui-ci. Le 27 août 1841, le Maire d’alors, M. Samson, réunit le conseil municipal. Après analyse des faits, ils concluent qu’il y a eu usurpation, et décident de signifier au Dr Pressat : « que les habitants propriétaires au lieu-dit ‘’Les Pelouses’’ sont dans l’intention de faire procéder à un mesurage équitable entre tous les ayant droits et qu’ils entendent faire réserve contre lui pour la plus grande quantité qu’il a en plus de ses acquisitions ».

Le Dr Pressat, s’est donc retrouvé dans l’obligation d’acheter de-ci de-là en 1835 et 1836 pour compléter ce dont il était en jouissance, mais ça ne s’avèrera pas suffisant. Certainement poussé par la pression municipale, malgré qu’il ait déjà vendu son bien, il va acquérir les parcelles manquantes en 1842 au profit des demoiselles Lhuillier : achats auprès de MM. Lachasse, Guérin, Campion, Leclerc, Bonnard, Lambert, …

Le 7 mars 1860, les demoiselles Lhuillier revendent leur propriété de la Pelouse de Neuilly, le ‘’Bois des Demoiselles’’, à Pierre Redon, un entrepreneur de bâtiments de Montreuil.  Lui-même la revendra un an plus tard, le 27 juin 1861 à Pierre Rousset.

 

Aliénation de biens communaux en 1861 :

L’ère des lotissements est arrivée. Poulet-Langlet a acquis et mis en vente le Bois de Neuilly, et, au Plateau d’Avron, ce sont les Bois d’Avron et Beauséjour qui sont mis en vente : aussi de nombreux terrains agricoles attirent la convoitise des promoteurs. En cette mi-année 1861, le Maire, M. Huvelle reçoit deux propositions, l’une de M. Poulet-Langlet, pour les Petit et Grand Marais, pour lesquels il propose une somme de 20 000 francs payables comptant, l’autre de M. Rousset, pour ce qui lui manque de la pelouse de Neuilly, pour laquelle il offre 1250 francs par hectare.

PS : M. Poulet-Langlet lotira les Petit et Grand Marais sous le nom de ‘’Val Plaisance’’.

1861 Pelouse de Neuilly  1865 Pelouse de Neuilly

Le 14 juillet 1861, M. Huvelle, assisté du conseil municipal, décide :

  • « Vu que les pelouses ne sont d’aucun produit et sont au contraire une charge en raison des contributions qu’elles supportent. Que d’un autre côté les marais sont ordinairement d’une location difficile et ne peuvent être affermés qu’à des gens sans garantie matérielle et payant difficilement »,
  • « qu’il y a avantage pour la commune, à aliéner les immeubles dont s’agit ».

« Sur la proposition de M. le maire, l’effet d’inviter les détenteurs des biens riverains de la Pelouse de reconnaître qu’ils jouissent d’une partie de ces terrains sans droits ni autorisations et qu’ils demanderont à devenir propriétaires à la charge par eux d’en payer la valeur d’après le chiffre de l’adjudication et dans le cas où pour une cause quelconque l’adjudication n’aurait pas lieu, de les acquérir au prix de 1250 frs l’are (arpentage aux frais des détenteurs). Les terrains usurpés ne leur seront concédés qu’en tout ou en partie de manière qu’on puisse arriver à établir une ligne régulière de démarcation entre la propriété communale et les voisins ».

Après enquête publique, les anciens propriétaires (Samson, Peneau, Margaillan, …) seront déboutés sous prétexte qu’ils ne payaient pas l’impôt sur ces terrains, et qu’ils n’étaient pas en mesure de fournir d’acte de propriété. Ce qui se comprend aisément quand on se rappelle que cette Pelouse a été partagée verbalement à la Révolution ; à l’exception de MM. Darras, Dubourg et Boulanger qui ont su faire valoir leurs droits.

La mise en adjudication (à la bougie) de ces terrains que s’est réappropriée la commune a lieu le 26 février 1865 :

  • Mlle Cornélis remporte les terres situées au sud-ouest de la parcelle (actuellement contenues entre l’avenue Cornélis et débordant de l’avenue Louise, puisque l’emprise des châteaux d’eau en fait partie),
  • Rousset remporte l’autre partie, entre sa propriété acquise en 1861 et l’actuel chemin des Pelouses.

 Rattachement au lotissement du Bois d’Avron :

Mlle Cornélis fera en sorte que ses nouvelles propriétés soient rattachées au lotissement du Bois d’Avron : ce sera effectif par un avenant au cahier des charges chez Me Carré le 9 juin 1865.

Pierre Rousset revendra ses terrains les 16 et 18 février 1884 à Amédée Bernaux et Edouard Adler. Ces derniers les feront annexés au Bois d’Avron les 14 et 15 avril 1884, et la ratification par le syndic assuré par M. Lemée n’aura lieu qu’en janvier 1885, sous le nom de Bois des Demoiselles.

Propriétés Cornélis  1884 Bois des Demoiselles

 

Denise et Alain BOYER

 

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