Situation et géologie

Le Plateau d’Avron, long de 2 km pour une largeur d’ 1 km environ, est le sommet d‘une colline qui culmine à 115, 45 m d’altitude. Il se situe à l’Est de Paris, dans le département actuel de la Seine Saint-Denis, et n’est éloigné que de 12 km de Notre-Dame et de 7 km de la Porte de Montreuil. Il est à cheval sur trois communes : Neuilly-Plaisance, Rosny-sous-Bois et Villemomble.

 

Cette partie de l’Est parisien se situe entre les bassins versants de la Marne, au Sud-Est, et de la Seine, à l’Ouest et au Nord-Ouest.

On distingue plusieurs entités géomorphologiques :

– Les buttes témoins :

–          la butte de Belleville-Montreuil-Romainville,

–          le massif de l’Aulnay,

–           le Plateau d’Avron,

–           la butte de Chelles,

–           le plateau de Brie (qui débute à Noisy-le-Grand).

– Les vallées :

–           de la Marne, plaine alluviale qui s’est formée entre les massifs de l’Aulnay, du Plateau d’Avron et de Montreuil d’une part, et du Plateau de Brie, d’autre part,

–           de la plaine de France, située au nord de ces buttes témoins.

De chaque côté du Plateau d’Avron, les dépressions de Gagny et de Rosny correspondent à un ancien lit de la Marne, et l’on y trouve des dépôts alluviaux.

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Ci-contre, carte issue d’une étude sur les nappes phréatiques et l’infiltrabilité des sols de Seine Saint-Denis, faite par MM. O. Fouché et A. Hirschauer.

 

Le Plateau d’Avron est composé en grandes parties de masses gypseuses, de marnes blanches supragypseuses, de marnes vertes, et est recouvert d’un limon sommital de terre végétale. Voici ce qu’en disait Hector Espaullard, dans son livre sur le Plateau d’Avron en 1907 : « …La colline d’Avron, gypseuse à sa base, est recouverte à son sommet par une couche de terrain d’eau douce siliceux. On y trouve des meulières pétries de limnées, de phanorbes, de gyrogonites et de coquilles turbinées qui ont été pour la première fois décrites sous le nom de potamides par Brongniard, dans les Annales du Muséum d’histoire naturelle ».

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Ci-après, les extraits d’une étude géologique sur le Plateau d’Avron par Laurent Cella :

La vallée de la Marne marque la limite du dépôt du gypse, en effet ce dernier est remplacé par le calcaire de Champigny sous le plateau de Brie. C’est l’exemple classique de variation latérale de faciès qui est cité dans tous les livres de géologie. Les buttes sur la rive droite de la Marne ont toutes fourni du gypse au cours des siècles. D’abord à Paris intra-muros (Montmartre, Buttes Chaumont) puis en banlieue (Rosny, Neuilly-Plaisance, Villemomble…). Aujourd’hui les carrières à proximité de Vaujours, sur le massif de l’Aulnay, sont encore exploitées par la société Placoplatre.

Le gypse est une roche sédimentaire évaporitique. Il se dépose normalement au fond des lagunes salées. Le sulfate de calcium dissous dans l’eau précipite en se cristallisant lorsque l’eau s’évapore. Sa formation en Ile-de-France est controversée, depuis deux siècles, deux hypothèses s’affrontent, pour expliquer la différence de sédimentation de part et d’autre de la Marne : gypse au Nord, calcaire au Sud. Le dépôt de gypse forme une lentille de 14O km d’Est en Ouest et de 50 km du Nord au Sud.

–          Hypothèse 1, de la lagune salée :

Au Nord, le gypse se serait déposé dans une lagune d’eau salée plus ou moins reliée avec la mer provenant du Nord (l’actuelle Manche). Au Sud, le calcaire se serait déposé dans un lac d’eau douce. Pour expliquer l’épaisseur de la masse marno-gypseuse (30 mètres à Avron), il faut admettre un enfoncement progressif du fond de la lagune au fur et à mesure des dépôts (subsidence du bassin de sédimentation).

De nombreux mammifères seraient venus s’enliser et se noyer dans la lagune, à la période de l’Eocène, il y a 40 millions d’années ce qui explique la présence de nombreux fossiles d’espèces terrestres dans cette strate comme le fameux paléothérium de Jussieu.

Des élévations du niveau de la mer auraient provoqué des invasions marines temporaires marquées par des dépôts de marnes. C’est pour cette raison que la couche de gypse est divisée en trois masses séparées par deux couches de marnes (marnes à lucines et marnes d’entre deux masses ou marne à fer de lance). On retrouve également des dépôts marneux au-dessous et en-dessus de cette masse marno-gypseuse (marnes infra et supra gypseuses).

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–          Hypothèse 2, du lac d’eau douce :

Les teneurs en éléments traces (impuretés) d’un minéral sont fonction de la concentration de ces éléments dans l’eau où il a cristallisé. Il a été démontré que la teneur en strontium dans le gypse parisien était incompatible avec une formation dans l’eau de mer. 

La deuxième hypothèse émise, à laquelle la plupart des spécialistes se rallie maintenant, permet d’expliquer les observations sur le terrain. Le gypse parisien aurait pris naissance à l’embouchure d’une rivière. Les eaux de celle-ci auraient dissous en Lorraine des roches formées de carbonate de calcium et de sulfate de calcium. En s’écoulant vers le centre du bassin parisien, les eaux auraient été soumises à une évaporation progressive. Les dépôts successifs se seraient faits dans l’ordre connu, non pas l’un au-dessus de l’autre mais l’un plus loin que l’autre : d’abord le dépôt de carbonate de calcium qui aurait donné le calcaire de Champigny sur le plateau de Brie, puis plus loin, sur le Plateau d’Avron entre autres, le dépôt de gypse. Les intercalations marneuses dans le gypse proviendraient, comme dans la première hypothèse, de transgressions passagères de la mer.

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Le Plateau d’Avron a ainsi été exploité pour son gypse depuis des siècles. Un cartulaire de Saint-Maur, daté du XIIIème siècle, mentionne déjà des activités plâtrières sur le site d’Avron. Un autre document atteste de ces activités au XVIIème siècle : ‘’le testament d’un maître plâtrier de Neuilly-sur-Marne, Antoine Champoudry, rédigé le 24 février 1668, par devant le tabellion Bernier et le curé Le Bassac’’. L’excavation se faisait à ciel ouvert, mais au début du XIXème siècle, la nécessité d’aller chercher cette pierre en profondeur a imposé l’exploitation par galeries, allant parfois, au fil du temps jusqu’à trois niveaux.

 

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Particularités du sol du Plateau d’Avron , et comment les ‘’anciens’’ s’en accommodaient ?
Comme on a pu le lire précédemment, dans sa partie sommitale, le Plateau d’Avron est recouvert d’une fine couche de terre végétale, d’une épaisseur moyenne d’une cinquantaine de centimètres. Au-dessous, ce sont des marnes et glaises vertes qui  forment une couche imperméable où l’eau a du mal à s’infiltrer. Au XIXème siècle, lorsque débuta le lotissement du ‘’Bois d’Avron’’, on trouvait sur notre Plateau de nombreuses mares dues à ces soucis de perméabilité (mares aux loups, des piques-bœufs, des quatre quenottes,…). Aussi, les anciennes constructions n’avaient pas ou peu de sous-sol,

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et lorsqu’ils en avaient, ils étaient semi-enterrés, le rez-de-chaussée se trouvant surélevé, ceci afin de ne pas avoir des caves inondées. Plus tard, au temps des premières automobiles, les garages étaient construits en surface. Ce n’est que récemment, depuis quelques dizaines d’années, que la mode des ‘’sous-sol total et garage enterré’’ est apparue, au grand dam de certains, qui se sont vus dans l’obligation de s’équiper d’une pompe.

Les caves ou abris de jardin aussi étaient construites en surface. Il reste encore une trace de celles-ci avenue du Midi. Il y a encore quelques années, il en existait une autre avenue de Rosny, non loin de l’avenue Michelin. Etaient-ce ces constructions que l’on nommait alors cahouettes, ou cavouettes ? (ainsi appelées sur le plan d’intendance de Neuilly-sur-Marne de 1782).

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Une autre particularité de la nature du sol : Sous la couche de terre arable de surface, on trouve tout de suite la marne verte, d’abord une couche ‘’dure’’ où de nombreux cailloux, silex en général sont emprisonnés dans la glaise et encastrés entre eux. Cette couche est d’ailleurs très difficile à piocher comme à peller, les cailloux empêchant les outils de rentrer (il arrive que les coups de pioche provoquent des étincelles, et les vibrations engendrées par ces coups se ressentent rapidement dans les articulations). Cette couche ‘’dure’’ fait quelques dizaines de centimètres d’épaisseur, puis on arrive sur de la glaise exempte de cailloux, ‘‘molle’’, quand elle est humide. Elle est beaucoup plus facile à travailler, mis à part qu’elle colle aux outils.

Alors qu’en 1980, je creusais tout autour de ma maison pour en renforcer les fondations, en vue d’une surélévation. Mon voisin, Félix Marchais, qui était entrepreneur en maçonnerie et a construit une dizaine de maisons sur le Plateau d’Avron, me dit : « Alain, tu creuses trop profond, il ne faut pas dépasser la couche ‘’dure’’ : les fondations seront plus stables, et ta maison  sera bien plus résistante aux variations du temps si elle est assise sur cette semelle compacte ». La marne verte, sans cailloux, est plus sensible au climat : sous climat sec, elle est dure, et parfois se fissure, humide, elle devient molle et manque de tenue.

Cette couche ‘’dure’’ engendre par contre quelques inconvénients : elle transmet les vibrations et les bruits. C’est elle qui fait trembler les fenêtres au passage d’un camion, qui amplifie les bruits de roulement. Mais si elle assure la stabilité des vieilles maisons, …..

 

Pour en connaître plus, n’hésitez pas à vous procurer les livres édités par notre association : memoirevivante.avron@gmail.com ou 06 24 27 60 98

 

Bibliographie :

–           FOUCHE O. et HIRSCHAUER A.                – Variations de la nappe phréatique et cartographie de  l’infiltrabilité des sols sur le territoire de la Seine-Saint-Denis (2007)

–          CELLA L.                                                            – Le gypse du plateau d’Avron (2013)   http://svt.ac-creteil.fr