La Fontaine des Enfers

Jusqu’au début du XXème siècle, un certain nombre de sources coulaient à même le sol sur les pentes des coteaux d’Avron, avec un débit plus ou moins prononcé suivant les saisons. La plus connue d’entre-elles est la Fontaine des Enfers, ou Fontaine d’Enfer, ainsi nommée sur le Plan cadastral de la paroisse de Neuilly-sur-Marne de 1782 (Plan d’intendance). L’urbanisation du Plateau d’Avron, et l’assainissement qui en a découlé sont la cause de la disparition de celles-ci, mais la Fontaine des Enfers subsiste. Elle est située dans une propriété privée bordant le Chemin des Processions.

Delagrive  Intendance

 

D’où tient-elle son nom ?

  • Guy Martignon, des Amis du Château Seigneurial de Villemomble, en dit que son nom proviendrait d’un vieux mot celtique indiquant un lieu bas (la fontaine n’est, en effet, même pas située à mi-côte),
  • Marie-Louise Delage, notre ancienne historienne, signale que le nom ‘’d’Enfer’’ ou ‘’des Enfers’’ provient du temps des ennuis inquisitoriaux de l’abbaye de Saint-Maur (alors propriétaire de ces terres).
  • Patrice Cauderlier, de l’association Donzelot, émet l’hypothèse, qu’elle tire son nom de la géologie du terrain, où il était recensé de nombreux trous (trou Fégaud, …), qui proviennent plus de l’exploitation du sol, qu’à des fontis.

Toujours est-il que le quartier des Enfers, qui tient son nom de cette source, est situé à cheval sur trois communes : Neuilly-Plaisance, Neuilly-sur-Marne, Villemomble et à la limite d’une quatrième : Gagny (la remise des Enfers, sur la carte des Chasses de 1764 est représentée sur la pointe de Villemomble, aux confins de Gagny).

Il nous faudra donc éclaircir, dans la mesure du possible, et dès que nous en aurons le temps, l’origine de ce toponyme.

1764 Carte des chasses a

 

« … Au pied de la rue du Puits (plus précisément de la rue Pierre Curie), suivant vers l’est, la rue des Processions, à l’extrême pointe du territoire de Neuilly-Plaisance, pointe mitoyenne de Neuilly-sur-Marne, de Villemomble et presque de Gagny, niveau 88 mètres NGF, voici le plus ancien monument d’Avron. Il est catalogué, répertorié, mais pas enregistré aux monuments historiques, bien que portant l’estampille des points géodésiques de nivellements. Il se présente sous la forme d’une cahouète maçonnée en forme de hutte ronde et de mini-borie gauloise, placé dans un jardin, au bord du Chemin des Processions. »   (M.L. Delage)

Fontaine essai 3

 

Cette source coule probablement depuis des temps immémoriaux. Les premiers écrits qui lui font référence datent du XIIIème siècle. C’était alors la fontaine de « nulliaco juxta salices » appartenant aux messieurs de Saint-Maur-des-Fossés. Traduisons « la fontaine de Neuilly-sur-Marne contiguë aux saules » (c’est-à-dire aux arbres).Située à mi-côte du Chemin des Processions, sur le versant Nord-Est du plateau d’Avron, ses eaux s’écoulaient jadis librement et formaient à l’origine un affluent du ru Saint-Baudile.

Cette fontaine est nommée dans deux chartes mentionnées dans les archives de Saint-Maur-des-Fossés. Dans la première, on y lit qu’en l’an 1259, Garin de Gagny, Chevalier,  vendit au monastère des Fossés un arpent de pré situé proche de la fontaine de Neuilly, et cela du consentement de Béatrix de Gagny, veuve d’Etienne de Gagny, Chevalier. Dans une autre charte, Béatrix de Gagny, veuve de Tiennot de Gagny, confirme la donation de Garin d’un arpent de pré situé près de la fontaine de Neuilly, jouxtant les saules.

 

  • En ces temps anciens, avant qu’elle ne soit ‘’d’Enfer’’, ou des ‘’Enfers’’, c’était donc la ‘’Fontaine aux saules’’. A mi-côte de bien des collines agrémentant la région parisienne, on découvrait ce que les géologues appelaient jadis un niveau d’eau : une végétation propre aux milieux humides, où poussaient notamment saules, frênes, cirses, joncs, spirées,… qui contrastait avec le milieu environnant. D’anciens habitants se souviennent l’avoir vue accompagnée d’un magnifique saule droit qui fut abattu vers le milieu du XXème siècle.

Capitainerie des chasses de Vincennes a

 

Jadis, ses eaux, certainement irrégulières, en faisaient un affluent du ru Saint-Baudile. Elles devaient tout de même être assez abondantes, au XVIIIème siècle, pour que la carte Delagrive, et la carte de la capitainerie des chasses de Vincennes (image ci-dessus), y représentent son écoulement comme permanent. C’est à cette période que les propriétaires du château de Villemomble (également possesseurs de la majorité des terrains sis aux lieux-dits ‘’les Pique-bœufs’’ et les ‘’Enfers’’)  décidèrent de capter son débit, et le firent canaliser de la fontaine jusqu’au château. La canalisation est faite avec les moyens de l’époque : les tuyaux, de 6 centimètres de diamètre, étaient formés d’une lame de plomb d’un centimètre d’épaisseur courbée et soudée sur toute la longueur. Cette canalisation traversait les propriétés qui longeaient la rue de Neuilly, pour aboutir au château. Un bassin, placé à l’entrée du château, est agencé de telle sorte que ce dernier dispose de l’eau nécessaire et que le surplus puisse profiter aux habitants par une prise extérieure. Ce captage fonctionnera jusqu’en 1872.

Jean-Charles Ragoulleau, propriétaire du château de 1818 à 1823, fit dresser un plan (dit ‘’plan Ragoulleau’’) qui figurait ces canalisations et demeura conservé à la mairie de Villemomble plusieurs décennies. Ce plan est actuellement introuvable. Puisqu’elles longeaient l’avenue de Neuilly pour aboutir au château, elles devaient être ainsi :

1802 Canalisation Ragoulleau b                                      Es image

 

M. Lewal, acquéreur du château en 1825, fit remplacer les anciens tuyaux par d’autres en plomb étiré. Il revendra ses biens en adjudication en 1832.

La maçonnerie qui recouvre cette source est détaillée dans les actes de juillet et d’octobre 1875 où est créée une société civile dite ‘’Outrebon-Detouche’’ chargée de l’achat, de la mise en valeur et de la revente du château de Villemomble et de ses dépendances : ‘’la dite source est contenue dans une construction  voûtée en maçonnerie, fermée à clefs, avec tuyaux et conduits souterrains en plomb’’. Cette maçonnerie date donc, soit des travaux initiaux de la canalisation jusqu’au château, donc fin XVIIIème, soit des travaux de remplacement des tuyaux, donc début XIXème siècle.
Par la suite, en 1887, M. Detouche cède au syndicat du Parc de Villemomble les droits restants lui appartenir, dont ceux concernant la source et ses dépendances. L’alimentation en eau étant assurée depuis 1872 par une concession auprès de la Compagnie des Eaux, la source et le terrain sur laquelle elle est implantée, assez loin de l’ancien château et sur la commune de Neuilly-sur-Marne, n’offrant plus d’intérêt, sont alors revendus à des particuliers.

Pour réunir ces informations, nous avons puisé dans :

  • les recherches effectuées par Marie-Louise Delage, notre ancienne historienne,
  • les écrits d’Hector Espaullard, dans ses Notes historiques sur le Plateau d’Avron,
  • les informations tirées des Recherches de Guy Martignon (président de l’association ‘’les Amis du Château Seigneurial de Villemomble’’), dans son Grand livre de Villemomble,
  • les traductions de Patrice Cauderlier, dans les extraits qu’il nous a fourni du Cartulaire de St-Maur,
  • nos propres recherches.

 

Nous les remercions tous chaleureusement.

 

 

Mise à jour :

Cette fontaine est le plus ancien édifice de Neuilly-Plaisance: c’est une source plus que millénaire recouverte d’une voûte de pierres maçonnées. Les plus anciens écrits la relatant remontent au XIIIème siècle.

Un premier dossier au titre de l’inscription à l’Inventaire des Monuments Historiques a reçu un avis défavorable de la DRAC en ce début d’année, l’édifice recouvrant la source ne répondant pas aux critères requis.

Par contre, nous sommes heureux de vous informer que la Fondation du Patrimoine vient d’octroyer un label (construction non habitable) pour cette fontaine, qui permet d’obtenir une aide financière à sa remise en état.

 

                                                                                                                                                                                                   Mémoire Vivante du Plateau d’Avron.

 

 

Pour en connaître plus, n’hésitez pas à vous procurer les livres édités par notre association :      memoirevivante.avron@gmail.com ou 06 24 27 60 98