Le bois des Demoiselles

Bois anoté

 

Dans la seconde partie du XIXème siècle, deux lotissements ont contribué à l’urbanisation du Plateau d’Avron :

  • Beauséjour, en 1861,
  • Le Bois d’Avron (Bois et Pelouse d’Avron), en 1862.

Ce dernier s’est étendu en 1865 suite à l’ajout des propriétés dites ‘’Cornélis’’, du nom de leur vendeuse. Ce n’est qu’en 1884 que le Bois des Demoiselles (polygone rouge ci-dessous), sera rattaché au Bois d’Avron.

Lotissements

 

A partir de 1862, voire 1865, les premiers résidents, qui allaient se promener dans le Bois des Demoiselles, de l’autre côté de l’avenue de l’Est, entre la pointe de l’avenue du Nord et du chemin des Pelouses, durent découvrir, au moins avant les ravages de 1870, une charmante petite chapelle renfermant un caveau. Cette chapelle était élevée au centre d’un rond-point formant ‘’corbeille’’, et planté de fleurs et d’arbustres. C’est à l’emplacement de notre actuel rond-point des Demoiselles.

Dès-lors, la rumeur devait aller bon train, pensez : un caveau en plein milieu d’un bois, ça interpelle ?

 

Le ‘’Bois des demoiselles’’ : d’où tient-il son nom ?

La rumeur dit: «que le Bois des Demoiselles est ainsi nommé parce qu’un sieur Lhuillier, de Gagny, qui en était propriétaire, le choisit pour la sépulture de ses trois filles. Quelques années après, les corps des trois demoiselles furent exhumés pour être transportés au cimetière de Gagny.»

Cette rumeur semble provenir des souvenirs de l’abbé Charasson, curé de Neuilly-sur-Marne, dans son ouvrage écrit et publié en 1903.

Hector Espaullard, dans ses ‘’Notes historiques sur le Plateau d’Avron’’, publiées en 1907, reprend rigoureusement les mêmes termes, en précisant que c’est vers 1850 que le sieur Lhuillier en était propriétaire, et que « les anciens de Neuilly se rappellent avoir été invités à l’inhumation de la troisième fille, il y a environ 40 ans ». Quelques années plus tard, les corps des trois demoiselles furent exhumés pour être transportés dans une sépulture plus convenable.

 

Au temps du château d’Avron et de la révolution, cette partie du Plateau d’Avron était alors appelée la ‘’Pelouse de Neuilly’’. Car elle ne dépendait pas du domaine du château, elle était possession de la paroisse de Neuilly-sur-Marne.

Pelouse de Neuilly d

 

Le 2 novembre 1789, les biens du clergé sont confisqués. S’ensuit l’aliénation et le partage au titre des biens communaux. En 1796, les habitants de Neuilly-sur-Marne se sont partagé les terrains appartenant jadis à la paroisse, dans lesquels était la Pelouse de Neuilly. La pelouse a ainsi été divisée en autant de part qu’il y avait d’habitants, mineurs compris, chacun ayant eu droit à trois  perches et demi.

Entre 1814 et 1816, le Docteur Pressat, médecin parisien, fait un certain nombre d’acquisitions. Il usera de plus de terrain qu’il n’en a acquis, ce qui l’obligera à régulariser après même la vente de son terrain. Sa propriété, au moment de la vente, sera de 3,93 ha.

Pelouse et terrains Pressat

 

Comme on l’a vu précédemment, à l’intersection de quatre allées, il a fait construire un caveau, destiné à servir de sépulture aux siens et à lui-même, probablement dans les années 1820-30.

Le 8 avril 1838, il vend son terrain en nue-propriété aux demoiselles Louise-Anastasie L’HUILLIER et Marie-Magdelaine L’HUILLER, toutes deux célibataires majeures, demeurant à Gagny. Il conserve l’usufruit de son vivant et Melles Lhuillier s’engagent d’entretenir le dit caveau, les chemins y conduisant, et que les amis et famille de M. Pressat puissent en tout temps y avoir libre accès. Comme il est spécifié dans l’acte « pour lui servir de sépulture, ainsi qu’à la famille des acquéreurs », il est évident que le caveau n’a pas encore servi.

Le 6 mars 1844, tout le monde repasse chez le notaire : M. Pressat renonçant à certaines conditions énoncées sur l’acte d’origine. Sur cet acte, nous apprenons que le caveau d’origine s’étant écroulé, M. Pressat « a fait bâtir à son emplacement un nouveau caveau et une chapelle le renfermant ». Les conditions d’accès, d’entretien du caveau, comme de ne pouvoir disposer du lieu pour tout autre motif que ce soit, sont ainsi levées : seul l’usufruit du lieu est conservé par le Dr. Pressat jusqu’à son décès.

Comme il est précisé sur l’acte : « Après le décès de M. Pressat, Melles L’Huillier ou leurs représentants auront la faculté de faire exhumer les corps de ceux des membres de leur famille qui pourraient y avoir été déposés, ainsi que celui de M. Pressat, dans le cas où il aurait été lui-même inhumé dans ladite chapelle », ce qui signifie qu’aucun corps n’a encore été inhumé à cette date du 8 avril 1844.

Il est également précisé : « Les corps exhumés devront être expressément transportés au cimetière de Gagny et déposés dans un terrain concédé à perpétuité pour lesdites personnes exhumées et acheté des deniers de Melles L’Huillier ou de leurs représentants ».

 

Le 10 septembre 1849, le Dr Pressat décède à Gagny, chez les demoiselles Lhuillier, à l’âge de soixante-seize ans. Sa femme est alors âgée de soixante-trois ans. Le lieu d’inhumation n’est pas précisé.

1849 09 10 décès Pressat

 

Les demoiselles Lhuillier vendent le Bois des Demoiselles, à Pierre Redon le 27 mars 1860. Sur l’acte, il est rappelé ce qu’étaient les servitudes, et ce qu’elles sont devenues : un simple usufruit : « Dans le contrat ci-dessus énoncé du huit avril mil huit cent trente-huit, M. Pressat avait établi diverses servitudes et conditions relatives à l’entretien à perpétuité d’un caveau de famille se trouvant dans l’immeuble vendu, à certains droits d’accession pour arriver à ce caveau, et à l’interdiction de construire près de ce caveau ; mais suivant acte reçu par Me de la Marnierre, notaire à Livry, le six mars mil huit cent quarante-quatre, M. Pressat a renoncé purement et simplement à toutes ces servitudes et conditions et s’est réservé seulement le droit d’usufruit de sa vie durant sur les immeubles, usufruit aujourd’hui éteint, ainsi qu’on l’a vu ci-dessus ».

Les demoiselles Lhuillier n’y auront pas non plus été enterrées.

 

Qu’en est-il ?

– La rumeur parle d’un sieur Lhuillier qui y aurait enterré ses filles.

– Les faits mettent en présence le Dr Pressat, qui a fait construire un caveau et une chapelle, en vue de servir de sépulture, et les demoiselles Lhuillier qui lui achètent la propriété.

– La légende parle de sépulture de trois filles, dont les corps ont ensuite été exhumés pour être enterrés au cimetière de Gagny, la dernière quarante ans avant la parution du livre de l’abbé Charasson, soit vers 1863.

– Le docteur Pressat, puisque c’est lui dont il s’agit, vend aux demoiselles Lhuillier le 8 avil 1838 : le caveau ne semble pas avoir été utilisé. Ce même docteur renonce aux conditions de servitude le 6 mars 1844, le caveau n’a toujours pas été utilisé. Il décède à Gagny le 10 septembre 1849, on ne sait où il est inhumé. Les demoiselles Lhuillier vendent la propriété le 27 mars 1860, elles n’y ont pas été inhumées.

– Les archives paroissiales de Neuilly-sur-Marne, consultées sur la période 1840-1860 ne font pas cas d’inhumation et d’exhumation sur aucun terrain privé que ce soit.

– Nous n’avons pas pu remonter la généalogie complète du docteur Pressat, les archives d’état civil concernant cette période ayant été détruites lors des incendies de la Commune de Paris de mai 1871. Néanmoins, nous savons qu’il a eu un fils et que son épouse était vivante lors de son décès.

 

  • – D’un côté, nous avons cette légende, transmise de bouche à oreilles par les habitants, et dont certains se rappellent avoir été invités à l’un des évènements,
  • – De l’autre, nous avons des faits qui ne correspondent pas vraiment aux dires. L’appellation Bois des Demoiselles peut tout autant se rattacher aux ‘’demoiselles      Lhuillier’’, qu’à des demoiselles qui y auraient été enterrées.
  • – Mais nous n’avons pu encore lever tous les doutes, notamment en consultant les archives du cimetière de Gagny, ce qui ne nous a pas été permis de faire.

 

Pour notre part, dans le bénéfice du doute, nous préférons nous en référer à cette belle légende, et croire que le Bois des Demoiselles tient son nom de trois demoiselles qui y auraient trouvé sépulture, et dont les corps furent ensuite exhumés pour être enterrées au cimetière de Gagny.

 

Alain Boyer

 


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