Neige au Plateau

La neige au Plateau, ce n’était pas seulement la galère des transports. Il suffisait qu’il tombe deux à trois flocons de neige pour que le bus ne ‘’monte’’ plus, dans les années cinquante, soixante, voire au début des années soixante-dix. Comme le Plateau d’Avron était le  terminus de la ligne 145, la RATP, qui de toute manière ne pouvait y faire monter ses autobus, leur faisait faire demi-tour à l’ancienne mairie de Villemomble. Nos rues, ainsi que les côtes montant au Plateau, n’étaient ni déneigées, ni salées. Il fallait donc descendre à pieds ; seuls les plus téméraires prenaient leur voiture.

Nos coteaux sud-est étaient encore champêtres et le père Joncour, aux beaux jours, y faisait paître ses vaches. Aussi, quand la neige venait à recouvrir les prairies du ‘’Bois de Joncour’’, de belles pistes s’ouvraient aux amateurs de glisse, la plus longue s’étendant sur presque 300 mètres.

1954 Bois de Joncourt anoté b

Alors, dès que le moment des loisirs le permettait, toute une population, composée essentiellement d’enfants et d’adolescents, allait chercher les luges qu’ils possédaient pour s’adonner aux plaisirs de la glisse. Quelques adultes avaient sorti les skis, mais ils n’étaient pas légion. L’équipement était disparate.  Certains avaient du matériel acheté, mais beaucoup avaient du matériel de récupération plus ou moins bricolé.

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Ça glissait donc plus ou moins bien : il fallait donc slalomer pour doubler les escargots, mais aussi se méfier des plus rapides. Et la piste principale n’était pas large.

1954 Pistes de luges

Deux pistes étaient utilisées:

– l’une, plus droite, passait dans un couloir entre les arbres, pour arriver sur une autre clairière. L’autre obliquait sur la gauche pour éviter le bois qui se trouvait face à            l’entrée.

– la piste principale, la plus droite, présentait deux ressauts dus à l’irrégularité du terrain, qui faisaient office de mini-tremplins : décollage garanti si l’on arrivait avec une certaine vitesse, et atterrissage parfois hasardeux.

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Suivant la conception de la luge, la position de descente était différente.

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Quelques essais à skis.

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Et le 18 janvier 1966, FRANCE-SOIR en fit sa une.

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On y lisait ceci : « Sur ces pentes encombrées de skieurs et lugeurs, il manquait un remonte pente pour se croire en montagne : cette piste est à quelques kilomètres de Paris… Ils étaient plus de quatre cents à être venus de toute la région, et même de Paris, à pratiquer les sports d’hiver ».

 

Une anecdote de Guy Poccardi, qui s’est passée pendant l’occupation allemande, dans les années 1942/1943. Le terrain de jeux favori des jeunes Avronnais était alors le ‘’Bassin’’. Le Bassin, c’était l’ancien réservoir creusé à ciel ouvert à la fin du XIXème siècle, sur l’éperon Nord-Est du Plateau d’Avron. Il était destiné à l’alimentation en eau de la région, (voir notre tome 4 ‘Avron, la naissance d’un village’, pages 72 à 75), mais le manque de pression aux robinets des Avronnais le fît remplacer par un premier château d’eau semi-enterré en 1894. Ce réservoir, qui n’était plus alimenté en eau, était donc une immense cuvette de béton dans laquelle les enfants allaient jouer puisque des échelles métalliques permettaient d’y descendre, et qu’au fond, on pouvait entrer dans les tuyaux de gros diamètre et rejoindre des chambres de connexion maçonnées. Ce terrain, appartenant à la Compagnie Générale des eaux, était couvert de pentes herbeuses.

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Le chemin, qui, de l’avenue du Nord, rejoignait le bas du chemin des Processions, était parallèle aux rues du Puits et Pierre Curie, et avait donc à peu près la même pente. Lorsqu’il y avait de la neige, c’était donc une piste de luge particulièrement intéressante, et c’est là que les jeunes de l’époque allaient s’amuser.

Il  raconte : « Avec les copains, nous descendions en luge du haut du bassin jusqu’en bas, à un endroit où il y avait un petit chemin plat. Un jour, je n’ai pas pu contrôler mon arrivée, et je suis rentré, la tête la première sur une borne en ciment recouverte de neige. J’étais sonné, je portais un passe-montagne en laine, et je sentais le sang couler sur ma tête, humide et chaud. Le crâne douloureux, je décide de remonter à la maison, en trainant ma luge. Avec le trac, je reste un moment dans le sous-sol  sans savoir que faire. Je n’ose retirer mon passe-montagne. Ma mère descend et remarque tout de suite ma pâleur et surtout la tache de sang qui traverse le passe-montagne. Moment pénible. Elle a voulu voir de suite. Par bonheur, pas de fracture, mais une profonde plaie ouverte. Pas de docteur, eau oxygénée, alcool et pansement énorme. Après un cachet et une soupe, j’ai été au lit de bonne heure. Mon frère François était plus calme que moi, heureusement, c’était une angoisse de moins. A ce jour ma plaie se devine toujours ».

1951 Vue aéro Bassin 2b

 

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